dimanche 14 juin 2015

Le fléau chaines info

"Restez sur I-TÉLÉ", "BFM TV, priorité au direct", "L’info ne s’arrête jamais"….Oh les jolis slogans pompiers des chaînes d’info en continu qui vous somment de rester scotché devant votre télé HD sous peine de rater l’immanquable, qui vous assomment de news débitées jusqu’à la nausée par des sourires cravatés, des tailleurs eyelinés. 
Niveau moyens, ça lésine pas : générique aux allures de bande-son de fin du monde, déco dernier cri, plateau garni d’experts en lissage de poils de cul tandis qu’en arrière-plan des silhouettes s’affairent mollement face à un mur d’écrans floutés…Ici on racole sans complexe le téléspectateur lambda qui zappe à tour de doigt. Ça, c’est pour la forme. 
Le fond ? Mêmes ficelles. 
Dans le monde de l’info-spectacle, faut du suspens, du drame, du lacrymal. L’idée ? Vous faire froncer des sourcils, écarquiller les yeux, béer la bave aux lèvres. Et tant pis si les news balancées tiennent plus de la brève de rubrique des chiens écrasés que de l’exclu mondiale, on va scénariser tout ça. 
Et vas-y qu’j’te colle un bandeau «dernière minute» qui boucle non-stop pour révéler qu’à l’autre bout du globe Rihanna a lâché un énorme pet d’fouffe en plein défilé Dior, que y'a quelques minutes à peine le prince Harry s’est fait choper trempant sa nouille dans le petit bassin d’une nageuse sud-américaine. 
L’heure est grave ? Tant mieux. Nos journalistes sont sur place, nos présentateurs sont en place. Calez-vous confortablement dans votre sofa flambant neuf payable en 3 fois sans frais, on vous décortique tout, y'a plus qu’à gober tranquillement. 
Un crash d’avion de ligne ? Un attentat sanglant ? Une prise d’otage ? Les trois à la fois ? Surtout ne bougez pas, on gère : Déroulé, décryptage, analyse. Et si ce catastrophisme cathodique vous fait pâlir de trouille, vous file des suées d’angoisse, no stress ; en plateau, nos spécialistes brassent de l’air pour vous redonner des couleurs. 
Saoulé d’annonces hasardeuses, de théories fumeuses, de probabilités douteuses, vous sombrez dans une douce torpeur. Bercé par l’infini babille des prophètes de malheur brushés, les paupières luttent un temps, s’affalent. La conscience finit par s’éteindre. La télé, elle, reste allumée.

lundi 1 juin 2015

Black & white blues

Envie de poser noir sur blanc mon blues du noir & blanc, mon mal du pays des mille et une nuances de gris. 
Ils manquent, les sourires d’époque. Les portraits pâles d’avant tirés sur papier mat/brillant, les visages unis dans une ombrageuse harmonie, un spleen bichromatique. En deux gammes de tons, on figeait comme jamais l’antan. Comme sur les champs de bataille d’alors, y’avait deux camps, le bien, le mal, le noir, le blanc. 
Un passé simple. 
Dans les yeux sempiternellement sombres de ceux qui, un peu gauchement, prenaient la pose, transparaissait ce manichéisme naïf teinté de pudeur mise à mal, de timidité malmenée par l’objectif inquisiteur. 
Et pareillement sur grand écran. 
L’atmosphère ténébreuse, ouatée, des décors gris de jour, de nuit, les scènes de baiser–bout des lèvres à la faveur d’un clair-obscur, le charme désuet des films muets tournés dans un monde argenté. 
Car le noir & blanc, au fond c’était ça : un autre monde. Une alternative au réel, à sa crudité, sa rudesse. 
Le regard enfin détourné de nos quotidiens bariolés, de nos routines criardes, on pouvait, à travers le filtre noir & blanc, apercevoir la vie en rose.