lundi 1 juin 2015

Black & white blues

Envie de poser noir sur blanc mon blues du noir & blanc, mon mal du pays des mille et une nuances de gris. 
Ils manquent, les sourires d’époque. Les portraits pâles d’avant tirés sur papier mat/brillant, les visages unis dans une ombrageuse harmonie, un spleen bichromatique. En deux gammes de tons, on figeait comme jamais l’antan. Comme sur les champs de bataille d’alors, y’avait deux camps, le bien, le mal, le noir, le blanc. 
Un passé simple. 
Dans les yeux sempiternellement sombres de ceux qui, un peu gauchement, prenaient la pose, transparaissait ce manichéisme naïf teinté de pudeur mise à mal, de timidité malmenée par l’objectif inquisiteur. 
Et pareillement sur grand écran. 
L’atmosphère ténébreuse, ouatée, des décors gris de jour, de nuit, les scènes de baiser–bout des lèvres à la faveur d’un clair-obscur, le charme désuet des films muets tournés dans un monde argenté. 
Car le noir & blanc, au fond c’était ça : un autre monde. Une alternative au réel, à sa crudité, sa rudesse. 
Le regard enfin détourné de nos quotidiens bariolés, de nos routines criardes, on pouvait, à travers le filtre noir & blanc, apercevoir la vie en rose.