vendredi 7 novembre 2014

Comptine sous héroïne

Tes yeux noirs
Deux oiseaux de malheur
Ont encore veillé jusque tard
Survolant les seringues en pleurs
Que du soir
Aux premières lueurs
Tu t’injectes à fond de poussoir
Jusqu’à sombrer dans la torpeur
Illusoire
D’un bonheur
De gamine sur une balançoire
Qui fend l’air d’un visage rieur
Sous l’œil fixe de charognards
Aux becs picoreurs
De vies sur le fil du rasoir
Et d’égos à fleur
De peau criblée de dards
Ainsi vont tes nuits sans douleur
À barboter dans un brouillard
Enchanteur
Suivie d’un cortège de cafards
Euphoriques à l’idée de l’heure
Chaque jour plus proche de ton départ.

dimanche 14 septembre 2014

Le jardin secret

Petit lopin
Adultère
Qu’entre bambins
Tâches ménagères
Conjoint
Et semblant de carrière
Elle entretient
D’une main de fer
Dans un gant de satin
Parcelle aux allures d’air
De rien
Qu’à renfort d’éphémères
Coups de reins
Elle bêche été comme hiver
Parée de ses bottes Louboutin
Ici ni chèque ou carte bancaire
C’est en espèces que la catin
Souhaite que l’on rémunère
Ses charmes clandestins
Cash que jamais elle ne déterre
Du fond de son terrain
Simple trésor d’une femme en guerre
Contre son quotidien.

vendredi 12 septembre 2014

Rentrée littéraire

Sur les étals
Lourds de mots
Carnaval
De couvs’ à bandeau
Où se coudoient bouses à scandale
Lâchées à chaud
Pondues du titre au point final
Par des bamboulas de stylo
Dernières cuvées automnales
D’auteurs michtos
À la plume sèche et machinale
Rodés aux interviews promo
Accolées à l’arsenal
De romans séminaux
Qui l’an prochain du piédestal
Passeront à l’échafaud
Pour cause d’éditeur en mal
De tréso’
Point d’orgue de ce festival
Goncourt, Femina, Renaudot
Sainte-Trinité commerciale
Des maisons de ce Landerneau
Qui via ce Graal
Verront leur as promu cadeau
Idéal
Au pied des sapins familiaux.

jeudi 8 mai 2014

Les résistants

Béguin
D’ados maquisards
Qui sabotaient des voies de trains
Pour mieux faire dérailler l’Histoire
Suivi d’un tout premier patin
Roulé dans le noir
D’un cachot pro-Pétain
Au son de tirs de chars
Américains
Des années plus tard
Lanceurs de pavés parisiens
Ils scellent un pacte dans le brouillard
Des fumigènes de Saint-Germain
Décider de l’heure du départ
Et l’effectuer main dans la main
Ainsi un soir
De 6 juin
Craignant pour leurs mémoires
D’anciens
Le couple de vieillards
S’éteint
Dans une chambre d’hôtel de gare
Retrouvés au petit matin
Leurs corps rassasiés de curare
Auront jusqu’à la fin
Cultivé l’art
De disposer de leur destin.

vendredi 2 mai 2014

Biture blues

Comme le rideau de fer
Du bar
Descend s’écraser par terre
Ma tête vient taper le trottoir
Et au clair
De l’œil blafard
D’un réverbère
La bave au coin des lèvres je pars
Dans un songe amer
De soûlard
Nostalgique des cuites placentaires
À hautes doses de liqueur de poire
Durant neuf mois offerts
Par une habituée des comptoirs
Accro jusqu’aux ovaires
À ce genre d’abreuvoirs
Où se désaltèrent
Cafards
Misères
Et désespoirs
Et qui quelques verres
Plus tard
S’offre une partie de jambes en l’air
Avec un pochard
Futur père.

mercredi 30 avril 2014

L'infidèle

Ivre de peine
L’infidèle danse devant sa glace
Et le corps imbibé de haine
Pour celle qui lui fait face
Elle chante les malheurs d’une sirène
Au corps pris dans la nasse
D’un marin de Molène
Mais dont la tête ressasse
La loyauté d’un capitaine
Au cœur captif des glaces
Des voies maritales quotidiennes
Écueil où se fracassent
Couples aux carènes
Les plus coriaces
Dont les serments de porcelaine
Boivent invariablement la tasse
Sous un vent qui déchaîne
Des flots d’envies fugaces
Et de maux érogènes
Desquels on ne se débarrasse
Qu’à coups d’aventures souterraines
Qui elle le sait un jour refont surface.

lundi 28 avril 2014

Géométrie du renoncement

Elle a tiré un trait
Sur les séances d’épilation
De son triangle parfait
Un delta à ras de toison
Autrefois fin duvet
Aujourd’hui moins mont
Que forêt
Laissé à l’abandon
Par l’homme qui avant l’esquissait
À l’infini sur feuilles Canson
Et le soir venu l’arpentait
De large en long
Désormais
À force de démonstrations
D’implacable désintérêt
C’est gommée de toute illusion
Qu’elle a fait
Une croix sur son inclination
Et qu’au tableau noir des regrets
Elle efface d’un coup de tampon
Un désir à figure de craie.

samedi 1 février 2014

Le Dubaï Mall

Jour d’affluence
À la Mecque mercantile
Où des flâneurs sous influence
Liasses de dirhams en main défilent
Dans l’immense
Mall aux airs d’asile
Pour fanatiques de la dépense
Et autres fidèles du futile
Parfums d’ambiance
Et musiques d’ascenseur distillent
Dans ce Byzance
De l’inutile
D’onctueuses fragrances
D’argent facile
Et d’allégeance
Au dieu baril
Que des flots de crânes en vacances
Inhalent jusqu’à l’ainsi soit-il
Pour mieux recracher leurs finances
Et faire le lit de l’évangile
Glorifiant l’obscène opulence
D’une ville
Érigée sur une flaque d’essence.

jeudi 30 janvier 2014

Rupture consommée

Retrouvailles au fond d’un bistrot
D’habitués
Au verbe haut
Devant une cuvée
Tord-boyaux
Histoire d’enfin régler
Le fardeau
Des formalités
À bonne distance du caniveau
Ainsi sous les yeux amusés
D’un public de poivrots
Avides de se gargariser
D’une querelle d’égos
Ébréchés
Entre tourtereaux
Estropiés
On liquide les négos
D’entrée
Pour ensuite à coups de consos
Et autres tournées
Apéro
Sollicitées
Par les soûlauds
Se rapprocher
Jusqu’au bécot
Et repartir carcasses cuitées
Se faire une dernière fois la peau
Dans un hôtel de quartier.

mardi 28 janvier 2014

L’endormie

Pleine nuit
Dans l’appartement muet
Quand éclate un bruit
De duvet
Tirée manu militari
Par un inconscient aux aguets
De ses rêveries
D’époux Disney
La trahie
D’un trait
Se raidit
Tâte d’une main mécanique la taie
D’oreiller mollement rebondi
De son suspect
De mari
Habituée à ce linge trop frais
L’amorphe cocue se saisit
De son portable de chevet
Et d’une touche-raccourci
Appelle une ligne qui elle le sait
La mettra sur messagerie
Façon cadet
De ses soucis
Elle marmonne quelques mots inquiets
Puis corps blotti
Dans un douillet
Déni
Elle se rendort sans délais
Revêtue d’œillères hors de prix.

jeudi 23 janvier 2014

À deux doigts

À deux doigts
De se rater
À quelques pas
De se passer à côté

À deux doigts
D’aller trinquer
Chacun chez soi
À nos envies avortées

À deux doigts
De reporter
À une éventuelle autre fois
Sous couvert de fatalité

À deux doigts
De n’avoir pas pu t’inviter
À venir jouir entre mes draps
Suite à quelques phrases échangées

À deux doigts
De n’avoir pas pu savourer
Ton corps enserré dans mes bras
Après qu’on ait pris notre pied

À deux doigts
De ne m’être pas masturbé
En repensant à nos ébats
Après t’avoir raccompagnée.

samedi 18 janvier 2014

Élections

Sur les murs malades du pays
Des politicards placardés
Racolent les derniers indécis
À coups de rictus retouché
Et de mots soigneusement choisis
Par des communicants rodés
À vendre du rêve à crédit
Au détour d’étals de marché
On les retrouve toutes mains sorties
Levant le client par poignées
De tracts à leur effigie
Où ces boutiquiers
De partis
Sur fond plus dégradé
Qu’uni
Bradent leurs salades à moitié
Prix
Façon pute quartier
St Denis
Moindre mal pour ces tapins nés
D’idéologies
Fantasmées
Par des votants à la merci
D’espérances jamais rassasiées
Mais qui à force d’appétits
Trop attisés
Bientôt dévoreront ceux qui
Se régalent à les affamer.