lundi 21 octobre 2013

France terre d'argile

Scène ordinaire
Du ciel d’Orly
Un charter
À ras-bord rempli
D’illusions réduites en poussières
Façon papier d’Arménie
S’élève dans un air
Assaini
À coups de circulaire
Noircie
Par un bras droit de ministère
Briefé pour que ça brille
Côté reconduite aux frontières
D’une patrie
Jadis nourricière
Dont les mamelles maintenant flétries
De trop de laisser-traire
N’ont aujourd’hui
Plus guère
Qu’une lie
De lait amer
À l’arrière-gout de nostalgie
À se faire
Tirer du pis
Par un père
Aidé de sa fille
Bergère
Des enfants du pays.

mardi 15 octobre 2013

G vain

Buffet
De beaux discours
Garni de mets
Goût cause toujours
Où spécialistes en cri d’orfraie
Et experts du dialogue de sourds
Festoient au frais
De ceux qui courent
Après de maigres fiches de paie
Dans l’espoir d’un jour
Prendre un prêt
Chez les pros du compte à rebours
Avec taux d’intérêt
Aux airs de rivière sans retour
Accords entre impuissants laquais
Aux pattes graissées de petits fours
Servis sur des planches à billets
À l’effigie du Luxembourg
Ainsi va la vie de valet
Larbins de banquiers de Fribourg
Et d’argentiers de Guernesey
Au service d’ombrageux vautours
Surplombant les toits des palais
De Strasbourg
Et La Haye.

dimanche 14 avril 2013

Vie de chiottes

Une main posée
Sur la chasse
L’autre occupée
A tenir sa tignasse
Le sac d’os perché
Sur échasses
S’acharne à dégueuler
L’angoisse
De la prochaine pesée
Que sa carcasse
S’apprête à lui faire avaler
Façon soupe à la grimace
Son IMC
A la ramasse
Le top à tête de déterrée
Ressasse
Ses rêves émaciés
De palaces
Dont elle a surtout visité
Les fonds lavasses
Des w.c.
Première classe
Terrifiée
A l’idée d’un adieu aux strass
Le modèle-momie fait plonger
Deux doigts filasses
Dans son gosier
Pour encore vomir à la face
De son reflet défiguré.

lundi 8 avril 2013

Devoir conjugal

Prise en levrette
A gros sabots
Façon starlette
De film porno
Elle attend la fin de la fête
Qu’elle autorise à son taureau
Entre deux maux de tête
Et l’excuse béton du boulot
Tandis qu’il halète
Crâne rougeaud
Et lui pète
Les ischios
Elle feint la grimpette
Aux rideaux
Tout en décomptant les gouttelettes
Tombées du museau
De sa bête
Qui sitôt
Largués ses gamètes
Râle d’aise et s’endort dans son dos
Ravi de sa perf’ de compet’
Impatient du prochain galop
De galipettes
Assaut
Que l'arrangeante vachette
Endurera la libido
Dans les chaussettes.

dimanche 7 avril 2013

Papam Marketing

Vivats
Devant le Vatican
Où un fantôme en apparat
Du haut de son balcon branlant
Bombarde de rictus béats
Le fan-club des anti-Satan
Chaperonné par ses prélats
Agiles confesseurs d’enfants
Et spécialistes en bras
Ballants
La diva
Tout en blanc
Se gargarise d’Alléluia
Scandés par un bétail fervent
En crise de foi
Et mal d’antan
Yeux fermés le flot catho boit
Les boniments
Télé-achat
D’un branque qui sur écran géant
Leur vante les vertus de la croix
Et la joie de pisser le sang
Sur les hauteurs du Golgotha.

samedi 6 avril 2013

Panne de courant

Rencard
Internet
Au comptoir
Des aveuglettes
Nourries d’espoir
Réduit en miette
A l’instant d’ôter les foulards
De nos mirettes
Le Colin-Maillard
Des braguettes
Vire au cauchemar
Où les plombs pètent
Au premier échange de regards
Blancs devant nos verres de piquette
Picolés dans le noir
Tandis qu’à tâtons nos deux têtes
Cherchent une lueur d’échappatoire
Parfum de poudre d’escampette
Entre grattoir
Et allumette
D’un commun accord on se barre
Dans un sourire à la sauvette
Victimes des néons du miroir
Aux alouettes.

vendredi 5 avril 2013

Les peaux ivres

Devant deux cubis
Débouchés
Nos élocutions ramollies
Se prennent les pieds
Dans le tapis
De nos langues râpées
Par la lie
D’interminables civilités
Au goût de belle hypocrisie
Echauffés
Par nos semblants de courtoisie
Un à un les grammes viennent gorger
Nos sangs rougis
De la gêne des gens éméchés
Sans jamais noyer nos esprits
Dans le bain d’orgie espéré
C’est tous deux imbibés d’envie
Et bercés
Par la litanie
Du tanin bon marché
Qu’on sombre en mode chien de fusil
Accolés
Par l’alcoolémie
Nos timidités
Engourdies.

U.E. Holocauste

Poches pleines
De vide
Bas d’laine
Arides
Une armée d’ombres citoyennes
Aux solvabilités livides
Erre des guichets bancaires d’Athènes
A la Gran Vía de Madrid
Où le sang taurin des arènes
A laissé place au rouge suicide
De vies à la petite semaine
Aux carotides
Trancheuses de peine
Rongés par l’acide
De la haine
Ceux qui restent lapident
A coups de pièces européennes
Le drapeau aux étoiles cupides
Et sèment à leur insu les graines
D’un nationalisme fétide
Populistes porteurs d’un pollen
Tombant sur le terreau putride
D’une union dénuée d’A.D.N.

mardi 15 janvier 2013

Métro expo dodo

File sans fin
De transportés
En commun
Dont le souffle frigorifié
Retombe en crachin
De huées
Dans l’air d’un dimanche parisien
Pollué
D’asphyxiants quotidiens
Qui le temps d’une sortie musée
Ont voulu sauter du train-train
Aux turbines bousillées
De trop de routine au turbin
Tous à présent parqués
Façon badauds-bovins
Derrière une barrière-barbelé
Les veaux parisiens
Tapent du pied
Attendant qu’un à un
On les laisse s’abreuver
Des couleurs d’un Gauguin
Avant de retourner
Brouter du noir lundi matin
Et non-stop pâturer
Le purin
Paperassier
Du N+1.

vendredi 11 janvier 2013

Tapin Terminus

A l’affût sur le quai de gare
La trans diva
Des trottoirs
Mains ramassées sous son boa
Guette la prochaine paire de phares
Dans l’horizon des voies
Aux trajectoires
Grises de gravats
Entre deux lâchers de mollards
Lourds de foutre et de tabac froid
La barbie-ken de boulevards
Se gargarise à la vodka
Histoire
D’ôter le goût d’immonde orgeat
Délesté par d'obèses routards
De bois
Et autres affamés banlieusards
A la queue au goût de rince-doigts
Entre enfin dans St Lazare
A toute blinde le roi
Du retard
Quand soudain la pute à grosse voix
Lasse de palper des sommes-pourboire
Gains de ses pipes à tour de bras
Se jette sous les roues du hachoir
Ultime visa
Pour atteindre le territoire
De celles que l’on couvre d'un drap.

mardi 8 janvier 2013

AAApocalypse

Rendu des copies nationales
Corrigées moyennant monnaie
Par un gang d’agences-tribunal
A l’éthique écrite à la craie
Travailleurs l’heure est Capital
Tombé des sentences-alphabet
Sous les yeux du rajah Mittal
Nettoyeur en Nord-Pas-De-Calais
Qui sur son tas d’or-Taj Mahal
S’en frotte grassement le minaret
Tandis que cendres syndicales
Et poussières de progrès
Social
Fusent d’un haut-fourneau à l’arrêt
Exilés de l’hexagonal
Délocalisés sans délais
Videz vos poches et faites l’étoile
Avant d’embarquer pour Bombay
Pas d’angoisse pour la fouille rectale
La main de l’État s’y connaît
En matière de fist fiscal
Et d’attouchements sur fiche de paie.

lundi 7 janvier 2013

La fille des favelas

Tandis qu’une pluie d’hydrocarbures
Crache à la gueule des crève-la-faim
Dans son bidonville no future
Elle danse une bouteille à la main
Orteils en pointes sur les ordures
Au son des grondements enfantins
De progénitures
D’hommes défunts
Qui d’une amère morsure
De sein
Tètent un lait couleur sépulture
A l’arrière-goût de moins que rien
Du dos la belle caresse les murs
Enduits de malheurs mitoyens
D’impacts pareils à des gravures
Sculptées à même l’enfer urbain
Des tirs soudain stoppent sa cambrure
Qui s’effondre sous les filins
De linge sale d’une énième bavure
D’un bambin
Aux rêves de dorure
Et à l’ambition de parrain
Derniers murmures
En brésilien
Fredonnés par la pâle figure
Alors que se profile au loin
Un panorama de brochure.