dimanche 15 mai 2011

Jet lag city

Sous un ciel noir corbeau
Que quadrillent
D’inflexibles fuseaux
Zonent des yeux nerveusement rougis
Lézardés d’éclats de vaisseaux
Que repoussent des pupilles
Guettant l’arrivée du troupeau
De moutons d’insomnie
Ovine invention pour minots
Dont les bêlements meurent dans la nuit
Tandis que leurs laineux museaux
S’écrasent façon descente de lit
Au pied des barrières du ghetto
Ici
Tous rêvent d’un sommeil sans sursaut
Une orgiaque léthargie
Mais l’horloge interne en morceaux
Chacun trompe comme il peut l’ennui
Scrutant l’allumage du cligno’
Du messie
Vert fluo
La croix de pharmacie
Icône d'églises des temps nouveaux
Dealers de somnifères-hostie
Pour brebis hagardes et accrocs
A l’idée d’égarer sa vie
Aux quatre points cardinaux.

jeudi 12 mai 2011

Chupa

La rumeur gronde comme mille tambours
Et s’évente l’obscène évangile
Chupa et sa langue de velours
Sont en ville
Fellatrice hors-concours
Elle contente les plus difficiles
Qu’à coups d’experts aller-retour
Elle dresse jusqu’au nombril
Parce qu’avant tout sa bouche savoure
Son renom de rampe de missiles
C’est toujours
Sans stérile
Discours
Ni même distinction de profil
Que de ses lèvres elle les entoure
Puis que sa liane buccale agile
S’enroule avec amour
Autour du bouillant ustensile
Dont elle extorque d’un râle sourd
Le lait sans un battement de cil
Tandis qu’encore sa salive court
Le long de l’engin érectile
Qui dès demain comptera les jours
Jusqu’au retour de son habile.

jeudi 5 mai 2011

French toast

Au bar du coin
J’écoute aux portes
Des gosiers citoyens
D’où sans cesse sortent
D’étouffants lieux communs
Que par millions escortent
Des postillons de vieux refrain
Remplis d’une haine laissée pour morte
Dans le wagon d’un train
Qui depuis longtemps ne déporte
Plus rien
Ainsi s’encourage la cohorte
De français très moyens
Dont les phobies se réconfortent
Et les fiels se tiennent par la main
Tandis qu’en chœur chacun s’exhorte
A lever son verre de venin
A la santé de celle qui porte
Une flamme à l’enivrant parfum.

mardi 3 mai 2011

Double vie

Sans envie
Mais en hâte
Elle se rhabille
La conscience écarlate
De nos jeux interdits
Et le teint déjà moite
A l’idée du bègue alibi
Que ce soir d’une voix maladroite
Elle bredouillera du fond du lit
Pour ensuite tel un automate
S’offrir dans un semblant de cris
Le temps d’un coït d’acrobates
A son ersatz de mari
Soubresaut de ses omoplates
Tandis
Que dos tourné ses larmes hydratent
Un visage aguerri
Aux sourires diplomates
Masque des dimanches en famille
Jours sans fin où coiffée de nattes
Radieusement elle s’oublie
Pendant qu’en elle hurlent et combattent
Dans une schizo-chorégraphie
Sur fond d’assourdissante sonate
Ange gardien et mauvais génie.