jeudi 21 avril 2011

La casse

Couchée sur le skaï éventré
D'une crasseuse limousine
Son regard d'ex reine de beauté
Dégouline
Le long des épaves empilées
Façon beaux magazines
Cornés
De salle d’attente où ruminent
Des sièges aux dossiers désœuvrés
Ainsi savoure t-elle son spleen
Cafard férocement familier
Dans ce cimetière de berlines
Qui sous leur rouille-sang séché
Couinent
Comme nostalgiques de ce passé
Où sitôt sorties des usines
Elles roulaient toutes vitres baissées
Traversant paysages en ruine
Et routes fraîchement goudronnées
Avec l’insouciance des gamines
Dont la vie vient de démarrer
Et qui désormais la terminent
Corps et âme désaffectés.

lundi 18 avril 2011

Ratage

Grimpée
D’échafaudages
Sous un soleil cuivré
Et nerveux débouchage
Du liège d’une bouteille de rosé
Pendant que nos vues s’envisagent
D’un air embarrassé
S’entament les discussions d’usage
Via des intonations crispées
Sur fond d’amorphe paysage
Où exténuées
De cuisantes journées de creusage
Et déjà fatiguées
De nos plats papotages
Des pelleteuses piquent du nez
Imitées par une grue hors d’âge
Qui s’endort sur son pied
Sous l’orange éclairage
D’un ciel comme oxydé
Par nos laborieux bavardages
Les bulldozers semblent embourbés
Dans l’ocre marécage
De ce neurasthénique chantier
Où silencieusement fait naufrage
Ce rendez-vous dévasté.

samedi 16 avril 2011

Enceinte, en manque

Allongée langue en sueur
Sous le lilas
En fleurs
Lila
Passe un sale quart d’heure
Sortie K.O. des A.A.
Papilles en pleurs
Bouche aux abois
Gosier rageur
Elle sent que sous sa robe à pois
La fœtale tumeur
Croît
Cette boule de phallique puanteur
Privant son assoiffé de foie
De la piquante douceur
D’une fraîche rasade de Tequila
Ou des joies solaires d’un planteur
Que lui réclame son estomac
Fatigué des fringales pain-beurre
Dont le seigle sans Vodka
S’avère à ses yeux sans saveur
Plus que trois mois
Jure t-elle aux organes en fureur
Tandis que côté placenta
L’infime progéniture-gêneur
S’apprête la tête en bas
A vivre une vie d’horreur.

jeudi 14 avril 2011

Fête foraine

Dans les allées
Où grouillent odeurs d’émerveillement
Et arômes d’yeux écarquillés
Perchés fièrement
Sur les paires d’épaules épuisées
De leurs parents
J’avance gorge serrée
La bouche pleine de roses filaments
Au goût de souvenirs sucrés
Bousculé par des cris d’enfants
Je sens ma mémoire se nouer
Telle ces grosses sucettes-colle aux dents
Jusqu’à l’écœurement consommées
Dont les bâtonnets-excrément
Viennent carier
Un bitume aux reflets clinquants
Surplombé
D’un ciel turbulent
D’où l’on entend hurler
L’espace de deux serrages de dents
Quelques familles décomposées
Par ces jeux d’attraction pour grands
Dans lesquels une fois embarqué
On ressort blême et titubant
La conscience auto-tamponnée
Et l’équilibre vacillant
Entre adrénaline et nausée.

mardi 12 avril 2011

Versus

Sur les banquettes bariolées
De l’obèse bus
De badauds bondé
Silencieux consensus
Et climat banalement gêné
Chacun du regard fait blocus
S’appliquant à neutraliser
Tout social stimulus
Du genre sourire à la volée
Timide rictus
Ou geste mal interprété
Voire pire un corporel lapsus
Qui laisserait l’autre se risquer
A partir dans une drague-laïus
Du bout des doigts cramponnés
Aux barres brûlantes façon cactus
Chauffées à 37.5 degrés
D’autres décomptent leur terminus
Ayant trouvé
Pour seule astuce
D’avoir les yeux faussement levés
Vers un ciel gris de cumulus
Ou désespérément rivés
Sur un criard prospectus
Promouvant la nécessité
Du ramassage de détritus.

mardi 5 avril 2011

Deuil

Plage désertée
Pour cause d’hiver qui s’éternise
Mains vissées
Au volant j’avise
Le va-et-vient de la marée
Dont le sel cautérise
Les plaies d’un sable hanté
Par nos spectres que l’iode exorcise
D’ici je les entends hurler
Alors même qu’avec eux s’enlisent
Ces visqueux souvenirs d’été
A la mentale mainmise
Poisseuse comme une crème contre UV
Des heures que mes yeux dépaysent
Ma mémoire acharnée
Tandis qu’à travers le pare-brise
Encrassé
Sur lequel agonise
Un voile de moucherons impactés
Je scrute la lointaine ligne grise
Simili d’horizon bouché
Que mes lents essuie-glace s’épuisent
Tant bien que mal à balayer.