samedi 29 janvier 2011

Road trip

Des jours que les chevaux mythiques
De la Mustang décapotable
Galopent le long du Pacifique
Comme fouettés par la queue d’un diable
Aux pulsions nomades hystériques
Du côté vitre passager
Défilent les décors rachitiques
D’un Far West au visage grêlé
Dont les rochers-pics
Acérés
Recouverts d’une poussière rouge brique
Semblent à deux doigts de dégainer
Sur une de ces musiques
Sifflées
Ponctuées du souffle asthmatique
Des rares pick-up rencontrés
Et d’aboiements-klaxon typiques
De trucks aux échappements chromés
Molosses de tôle d’une Amérique
s’enchaînent bleds et trous paumés
A l’atmosphère fantomatique
Stations Texaco délabrées
Peuplées de graisseux pneumatiques
Dont le caoutchouc calciné
A l’asphyxiante odeur indique
Qu'ici le soleil tape pour tuer.

mercredi 26 janvier 2011

Sevrage

J’émerge en nage
Sous un ciel d’aube hirsute
Balafré de traînées de nuages
Cotonneuses plaies d’astrale dispute
D’où filtre un rayon rouge de rage
Dont la chaleur percute
Mon grelottant visage
Tout en moi je ressens la lutte
Entre organes assoiffés
Mendiant le moindre fond de flûte
Et chétive volonté
Souffre-douleur de mes rechutes
Le cerveau convulsé
De foudroyantes images
C’est les dents fendues de claquer
Qu’envieusement j’envisage
D’opulentes bouteilles tapiner
Le long de boulevards-étalages
Où roulent sans s’arrêter
Les caddies d’harmonieux ménages
Aux vies d’eau minéralisée
Éclaboussant sur leur passage
Ma tremblotante ténacité.

samedi 22 janvier 2011

Délivrance

L’air siffle
Et l’enfant pleure
Tandis que sous les gifles
La mère tangue de terreur
Et comme elle peut renifle
Le sang coulé d’erreurs
Jamais commises
Ailleurs
Que dans le crâne en crise
De son démolisseur
Sentant l’imminent lâcher prise
De son corps que les poings rageurs
Méticuleusement pulvérisent
Elle ferme ses yeux dont le beurre
Noir s’irise
En mille et une couleurs
Qu’elle prophétise
Couronne de fleurs
Posée sur les pierres grises
De sa dernière demeure
A l’idée de cette terre promise
Dont les premières lueurs
A chaque déchaînement se précisent
Elle arbore un sourire rêveur
Qui sur son visage cristallise
L’existence dans toute sa splendeur.

vendredi 7 janvier 2011

Transe onanique

Tirée du sommeil conjugal

Par un spasme illicite

Elle sent qu’entre ses cuisses dévalent

Les eaux d’un rêve qu’elle régurgite

Au sein desquelles d’une main fluviale

Elle s’immerge et dès l’instant quitte

Les berges du matelas nuptial

Où dort son précoce acolyte

A fond de cale

Et sans même qu’elle les sollicite

L’index et le majeur cavalent

Jusqu’à capturer sa pépite

Que d’un toucher monumental

Ils muent en une météorite

Dont la combustion hormonale

Surchauffe ses phalanges-stalagmite

Sur lesquelles alors elle s’empale

Assaillie de flashs qui crépitent

A la bande-son ponctuée de râles

Où se mêlent sexes qui palpitent

Et fantasme de femme vénale

C’est de ses deux doigts-dynamite

A la mèche allumée sans mal

Que dans un soubresaut tacite

Et d’un brusque geste final

Implose la discrète Aphrodite.

mercredi 5 janvier 2011

Les fauves du fer

Un vent glacé balaie l’usine
De toute présence humaine
Tandis que droit vers les machines
Nos envies d’acier nous entraînent
Dans l’hostile décor on devine
Les silhouettes obscènes
De cheminées dont les narines
Expirent des vapeurs vénusiennes
Fouettées par une compacte bruine
Aux gouttes au goût de kérosène
Courbant leurs fugitives échines
Jusqu’à en perdre haleine
Nos agiles ombres clandestines
Courent sur les tuyaux que gangrène
Une rouille brun nicotine
Ici reine
C’est ivres du bruit des bobines
Que sur le rugueux rail d’une chaîne
Nos félines formes enfin s’inclinent
Alors que raisonnent dans l’Eden
Industriel d’obèses turbines
Dont les rugissements-fumigènes
Couvrent nos climax qui fulminent.