samedi 3 décembre 2011

Douche froide

Poule aux œufs d’or de maison close
Entre deux passes
Elle prend sa pause
Sous les jets d’eau du square d’en face
Kärcher de fortune qui l’arrose
Tandis qu’à coups de liasses
Elle frictionne ecchymoses
Et crasse
De désirs horaires qui nécrosent
Sa lucrative carcasse
Aux bras criblés de trous de dose
Dont elle savonne en vain les traces
Au loin devant le laurier-rose
Un couple à peine marié s’enlace
Au son du baratin grandiose
Qu’un photographe non-stop jacasse
L’ostentatoire osmose
Vire au spectacle-pic à glace
Crevant les yeux de la virtuose
Du synthétique salace
Alors qu’explose
Sous sa cuirasse
Son palpitant de pas grand-chose
Sur fond de baiser-coup de grâce.

vendredi 25 novembre 2011

Visite

Dans le parc des résidents
A la terre truffée de crachats
D’un spleen chevrotant
Et les yeux rivés sur ses pas
Elle me fait l’éloge de l’avant
Comme si c’était la première fois
Avachi sur un banc
Un zombi dans son pyjama
Nous sourit d’un regard absent
Et d’un filet de voix
S’adresse à nous encore longtemps
Après qu’on soit passé par là
Retour en zone d’appartements
Où dans son ruineux trou à rat
D’anecdotes radotées en blancs
Elle s’endort bientôt sur son bras
Calée dans son fauteuil roulant
Perdue dans des rêves d’au-delà
Sa joue creuse baisée prudemment
Je quitte la pièce sous les hourras
D’un public de petit écran
Laissant ma gâteuse non grata
Ailleurs que chez les morts-vivants
Seule devant son plateau-repas
Dans l’attente du dernier battement.

jeudi 6 octobre 2011

Son doigt-bourreau
Presse la gâchette
Le pruneau
Vient percer pleine tête
L’homme à la tempe en mille grumeaux
D’une balle vient d’éponger ses dettes
Paraphant son feuillet d’impôt
D’une signature toute en gouttelettes
La MasterCard en deux morceaux
Et le chéquier en miettes
Il s’est dit que faute de lingots
Planqués dans des mallettes
En paradis fiscaux
Mieux valait passer sa retraite
Dans l’obscurité d’un caveau
Belles oubliettes
Payées plein pot
Au prix d’un emprunt à perpète
Financé par crédit conso'
Suprême pirouette
D’un mort sur l’autel de l’Euro.

mardi 27 septembre 2011

L’amante

Marionnette de miroir
Des heures qu’amère
Elle se prépare
Pour ouvrir à son courant d’air
Un coutumier du coup d’un soir
A l’anneau d’annulaire
Fuyard
Parure à jeu de boutonnières
Bas résille noirs
Et leur jarretière
Tout ça pour à peine un regard
De l’homme aux phalanges adultères
Qui d’un doigté dare-dare
Liquidera les préliminaires
Clôturant d’une levrette avare
Et d’un minable missionnaire
La soirée vingt minutes plus tard
Horreur érotique ordinaire
Pour celle qui demain en peignoir
Reprendra sa vie d’avant-hier
Nourrissant l’orgasmique espoir
D’une maltraitance supplémentaire.

jeudi 1 septembre 2011

Les anciens

Résidus
D’un béguin
De bahut
Restés sur l’image d’un patin
Au goût de paradis perdu
Un paquet de promos plus loin
On s’est revus
Mention passable à l’examen
De vécu
Ponctué de regards lycéens
Aux airs de rien qui s’évaluent
Echec à l’épreuve des chemins
Parcourus
Qu’un 0 point commun
Conclut
Rattrapé haut la main
A l’oral des galoches-sangsue
Pour finir à l’hôtel du coin
Dans une chambre avec vue
Sur un pêle-mêle de rails de train
Qui dans la distance se diluent.

jeudi 25 août 2011

Manif’

Rage dérisoire
En métropole
Où la France des terroirs
Déferle dans une colère molle
L’espace d’une descente de boulevard
Dans lequel d’aphones porte-paroles
Perchés sur chars
Aboient des ras-le-bol
De comptoir
Qu’un cortège de banderoles
Appuie de slogans rigolards
Empêtrée dans le protocole
La manif’ tourne à la fanfare
Fiasco social dont seul le sol
Saturé de stickers criards
Et autres masques de guignol
Se souviendra ce soir
Tandis qu’en plein Tunis s’envolent
Sur le trottoir
Les dernières fumerolles
Du pouvoir.

mardi 23 août 2011

Club Med Gym

Ambiance culte du corps
Dans l’air qu’un troupeau sur tapis
Charge d’odeurs de pores
Bouffis
Au son d’un transistor
Qu’une blonde bardée d’abdos brandit
Plus loin silence de mort
Perchés sur des vélos sans vie
Des abonnés s’ignorent
Dans leurs bouches une barre d’énergie
Au goût d’effort
Dénué d’envie
Tous sans un mot brûlent leurs remords
D’orgie
Tandis qu’à bord
De rameurs cloués sur sol gris
D’autres s’essorent
De leurs soucis
La vue sur les pecs d’un cador
Aux propos zéro calorie.

samedi 20 août 2011

Rentrée

Sens des retours
Des files sans fin
De bagnoles aux airs de basse-cour
Se collent au train
Dans une chaleur de four
Chacun
Ressasse bruyamment son séjour
Rêve balnéaire qui dès demain
Reprendra son compte à rebours
J -
365 jours
A l’arrière les bambins
Ont préféré se rendre sourds
Aux râles de retour au turbin
Alors c’est le crâne lourd
D’écouteurs 5.1
Qu’ils s’enferment à double tour
Derrière d’assourdissants dessins
Seule issue de secours
Pour se délivrer des pantins
Aux discours
D’envie de ravin.

dimanche 10 juillet 2011

Fin de cavale

Réveil brutal
Nez collé aux barreaux du lit
D’une antique reine de bal
Qu’une bouteille de Chianti
De bas étal
Et qu’un champagne premier prix
Pour Kir tout sauf royal
Ont neutralisé toute la nuit
Sous un orchestre de cymbales
Crânienne cacophonie
Qu’une migraine magistrale
Me diffuse en Dolby
Et le foie en phase terminale
Je tente une silencieuse sortie
Evasion mise à mal
Par mes membres encore engourdis
Bruyamment je m’étale
Réveille la vieille et son envie
D’érection matinale
Qui d’un gémissement me prédit
Qu’ici se termine ma cavale.

vendredi 8 juillet 2011

En terrasse

Bordure de bar
Clope et kawa
Sous un cagnard
De Sahara
Et au son de pièces de pourboire
Je bois
Les paroles-racontars
Qu’autour de moi
Jaseurs soiffards
Concierges briseurs d’omertà
Et autres buveurs trop bavards
Répandent à tour de voix
De Ricard
En Margarita
Epidémiques bruits de couloir
Et rumeurs-Choléra
Mutent au fil des mâchoires
Dans un brouhaha
De bobards
Transformant l’estival endroit
En un caniculaire crachoir.

mercredi 6 juillet 2011

Le strip club

Sur des canapés décrépits
Aux mousses ensemencées
De filaments de foutre cuit
Commerciaux avinés
Aux désirs ramollis
Et veufs fraîchement éplorés
A la libido endurcie
Par des pilules prêt-à-bander
Du regard se rassasient
Louchant sur les seins bon marché
De miséreuses mères de famille
Amèrement agrippées
A la barre d’acier qui nourrit
Leurs bouches barbouillées
De Botox bouffies
Sourires faussement sucrés
Et déhanchés de pacotille
Rythment ainsi la soirée
Sur fond de sifflets et de cris
Qu’un mauvais beat peine à masquer
Mais que la nuit
Se chargera de faire cesser
Tandis
Que tous iront rêver
Seuls sous leurs draps d’une autre vie.

jeudi 23 juin 2011

L’infirme

Jour et nuit
Perchée
Sur des talons-béquilles
Compensés
Ou Aiguilles
L’impotente poupée
A l’ego qui boitille
Face aux regards croisés
Oscille
Entre suffisance étudiée
Et dédain qui vacille
La bouche paralysée
Par une confiance en confettis
La sublime éclopée
Quand elle est saoule me balbutie
Son rêve d’être amputée
Sous éternelle anesthésie
De cette superficialité
Qui mieux que rien pallie
Son affective infirmité
Mais pieds et poings la lie
Aux barreaux d’une prison dorée
Dont le tout-Paris
A la clé.

mercredi 22 juin 2011

Vis-à-vis

A quelques mètres
De mon carreau s’animent
Et s’enchevêtrent
Dans d’intimes
Périmètres
Quotidiens synonymes
Et routines piètres
De voisins à l’allure de mimes
Aux vies de chronomètre
Du célibataire qui s’abîme
Dans un tacite mal-être
Au couple qui s’élime
Au gré de désirs traitres
Tous s’escriment
A remettre
A demain leur déprime
Et peu à peu s’empêtrent
Dans une existence-pseudonyme
Dont le paraître
Tous les jours un peu plus périme
Tandis qu’en toutes lettres
S’imprime
Sur les fenêtres
Leur buée d’asphyxiés anonymes.

lundi 13 juin 2011

Maman

Maman
Ma belle épine
Mon tendre châtiment
Malencontreux made in
D’instants volés d’amants
Officieuse origine
D’officiel étouffant
Chromosomique toxine
Lie de mon mauvais sang
Groupe A rhésus + misogyne
Au goût sirop-médicament
D’amère grenadine
Génétique océan
Dans lequel toi gamine
Se noie en pleurnichant
Tandis que je m’obstine
A téter tes tourments
Via le canon d’une carabine
A l’arôme rire d’enfant
Que mes lèvres patinent
A coups de mots aimants
Pendant que mes doigts se dandinent
Sur un cran
De sureté qui domine
Une arme à feu qui tire à blanc.

dimanche 12 juin 2011

Les papillons

Dans mon ventre grommèlent
Des papillons camés
A mes rituelles
Virées
Sexuelles
Les antennes émaciées
Et la peau sur les ailes
Les insectes affamés
Me harcèlent
D’aller une dernières fois tremper
Leur trompe dans le pistil-poubelle
D’une fleur aux senteurs M.S.T.
Gargouillements aux airs de gospel
Complainte des bestioles obsédées
Qui faute de charnelle
Pâtée
Dans la gamelle
En vol piqué
Viennent se faire sauter la cervelle
Le long de mes côtes efflanquées
Faisant en sorte que se craquellent
Les murs de cyprine maculés
De ma stomacale citadelle
Aux remparts en train de crouler.

vendredi 10 juin 2011

Paris Plages

Sous une tartine
De crème
Etalée façon margarine
D’insolvables peaux blêmes
Sur des serviettes de bain s’échinent
A tout oublier des problèmes
Qu’un quotidien made in
Système
Jour après jour grave sur leurs mines
Ridées de trop de stratagèmes
Et autres improbables combines
Comme ces soudains carêmes
-Famine
Issue extrême
A des faims de mois qui lambinent
Nutritif requiem
Pour banlieusardes babines
Nourries aux décors H.L.M.
Qu’écrase un ciel-fumées d’usines
Et à qui le pont Bir Hakeim
Donne des idées-fond de piscine.

dimanche 15 mai 2011

Jet lag city

Sous un ciel noir corbeau
Que quadrillent
D’inflexibles fuseaux
Zonent des yeux nerveusement rougis
Lézardés d’éclats de vaisseaux
Que repoussent des pupilles
Guettant l’arrivée du troupeau
De moutons d’insomnie
Ovine invention pour minots
Dont les bêlements meurent dans la nuit
Tandis que leurs laineux museaux
S’écrasent façon descente de lit
Au pied des barrières du ghetto
Ici
Tous rêvent d’un sommeil sans sursaut
Une orgiaque léthargie
Mais l’horloge interne en morceaux
Chacun trompe comme il peut l’ennui
Scrutant l’allumage du cligno’
Du messie
Vert fluo
La croix de pharmacie
Icône d'églises des temps nouveaux
Dealers de somnifères-hostie
Pour brebis hagardes et accrocs
A l’idée d’égarer sa vie
Aux quatre points cardinaux.

jeudi 12 mai 2011

Chupa

La rumeur gronde comme mille tambours
Et s’évente l’obscène évangile
Chupa et sa langue de velours
Sont en ville
Fellatrice hors-concours
Elle contente les plus difficiles
Qu’à coups d’experts aller-retour
Elle dresse jusqu’au nombril
Parce qu’avant tout sa bouche savoure
Son renom de rampe de missiles
C’est toujours
Sans stérile
Discours
Ni même distinction de profil
Que de ses lèvres elle les entoure
Puis que sa liane buccale agile
S’enroule avec amour
Autour du bouillant ustensile
Dont elle extorque d’un râle sourd
Le lait sans un battement de cil
Tandis qu’encore sa salive court
Le long de l’engin érectile
Qui dès demain comptera les jours
Jusqu’au retour de son habile.

jeudi 5 mai 2011

French toast

Au bar du coin
J’écoute aux portes
Des gosiers citoyens
D’où sans cesse sortent
D’étouffants lieux communs
Que par millions escortent
Des postillons de vieux refrain
Remplis d’une haine laissée pour morte
Dans le wagon d’un train
Qui depuis longtemps ne déporte
Plus rien
Ainsi s’encourage la cohorte
De français très moyens
Dont les phobies se réconfortent
Et les fiels se tiennent par la main
Tandis qu’en chœur chacun s’exhorte
A lever son verre de venin
A la santé de celle qui porte
Une flamme à l’enivrant parfum.

mardi 3 mai 2011

Double vie

Sans envie
Mais en hâte
Elle se rhabille
La conscience écarlate
De nos jeux interdits
Et le teint déjà moite
A l’idée du bègue alibi
Que ce soir d’une voix maladroite
Elle bredouillera du fond du lit
Pour ensuite tel un automate
S’offrir dans un semblant de cris
Le temps d’un coït d’acrobates
A son ersatz de mari
Soubresaut de ses omoplates
Tandis
Que dos tourné ses larmes hydratent
Un visage aguerri
Aux sourires diplomates
Masque des dimanches en famille
Jours sans fin où coiffée de nattes
Radieusement elle s’oublie
Pendant qu’en elle hurlent et combattent
Dans une schizo-chorégraphie
Sur fond d’assourdissante sonate
Ange gardien et mauvais génie.

jeudi 21 avril 2011

La casse

Couchée sur le skaï éventré
D'une crasseuse limousine
Son regard d'ex reine de beauté
Dégouline
Le long des épaves empilées
Façon beaux magazines
Cornés
De salle d’attente où ruminent
Des sièges aux dossiers désœuvrés
Ainsi savoure t-elle son spleen
Cafard férocement familier
Dans ce cimetière de berlines
Qui sous leur rouille-sang séché
Couinent
Comme nostalgiques de ce passé
Où sitôt sorties des usines
Elles roulaient toutes vitres baissées
Traversant paysages en ruine
Et routes fraîchement goudronnées
Avec l’insouciance des gamines
Dont la vie vient de démarrer
Et qui désormais la terminent
Corps et âme désaffectés.

lundi 18 avril 2011

Ratage

Grimpée
D’échafaudages
Sous un soleil cuivré
Et nerveux débouchage
Du liège d’une bouteille de rosé
Pendant que nos vues s’envisagent
D’un air embarrassé
S’entament les discussions d’usage
Via des intonations crispées
Sur fond d’amorphe paysage
Où exténuées
De cuisantes journées de creusage
Et déjà fatiguées
De nos plats papotages
Des pelleteuses piquent du nez
Imitées par une grue hors d’âge
Qui s’endort sur son pied
Sous l’orange éclairage
D’un ciel comme oxydé
Par nos laborieux bavardages
Les bulldozers semblent embourbés
Dans l’ocre marécage
De ce neurasthénique chantier
Où silencieusement fait naufrage
Ce rendez-vous dévasté.

samedi 16 avril 2011

Enceinte, en manque

Allongée langue en sueur
Sous le lilas
En fleurs
Lila
Passe un sale quart d’heure
Sortie K.O. des A.A.
Papilles en pleurs
Bouche aux abois
Gosier rageur
Elle sent que sous sa robe à pois
La fœtale tumeur
Croît
Cette boule de phallique puanteur
Privant son assoiffé de foie
De la piquante douceur
D’une fraîche rasade de Tequila
Ou des joies solaires d’un planteur
Que lui réclame son estomac
Fatigué des fringales pain-beurre
Dont le seigle sans Vodka
S’avère à ses yeux sans saveur
Plus que trois mois
Jure t-elle aux organes en fureur
Tandis que côté placenta
L’infime progéniture-gêneur
S’apprête la tête en bas
A vivre une vie d’horreur.

jeudi 14 avril 2011

Fête foraine

Dans les allées
Où grouillent odeurs d’émerveillement
Et arômes d’yeux écarquillés
Perchés fièrement
Sur les paires d’épaules épuisées
De leurs parents
J’avance gorge serrée
La bouche pleine de roses filaments
Au goût de souvenirs sucrés
Bousculé par des cris d’enfants
Je sens ma mémoire se nouer
Telle ces grosses sucettes-colle aux dents
Jusqu’à l’écœurement consommées
Dont les bâtonnets-excrément
Viennent carier
Un bitume aux reflets clinquants
Surplombé
D’un ciel turbulent
D’où l’on entend hurler
L’espace de deux serrages de dents
Quelques familles décomposées
Par ces jeux d’attraction pour grands
Dans lesquels une fois embarqué
On ressort blême et titubant
La conscience auto-tamponnée
Et l’équilibre vacillant
Entre adrénaline et nausée.

mardi 12 avril 2011

Versus

Sur les banquettes bariolées
De l’obèse bus
De badauds bondé
Silencieux consensus
Et climat banalement gêné
Chacun du regard fait blocus
S’appliquant à neutraliser
Tout social stimulus
Du genre sourire à la volée
Timide rictus
Ou geste mal interprété
Voire pire un corporel lapsus
Qui laisserait l’autre se risquer
A partir dans une drague-laïus
Du bout des doigts cramponnés
Aux barres brûlantes façon cactus
Chauffées à 37.5 degrés
D’autres décomptent leur terminus
Ayant trouvé
Pour seule astuce
D’avoir les yeux faussement levés
Vers un ciel gris de cumulus
Ou désespérément rivés
Sur un criard prospectus
Promouvant la nécessité
Du ramassage de détritus.

mardi 5 avril 2011

Deuil

Plage désertée
Pour cause d’hiver qui s’éternise
Mains vissées
Au volant j’avise
Le va-et-vient de la marée
Dont le sel cautérise
Les plaies d’un sable hanté
Par nos spectres que l’iode exorcise
D’ici je les entends hurler
Alors même qu’avec eux s’enlisent
Ces visqueux souvenirs d’été
A la mentale mainmise
Poisseuse comme une crème contre UV
Des heures que mes yeux dépaysent
Ma mémoire acharnée
Tandis qu’à travers le pare-brise
Encrassé
Sur lequel agonise
Un voile de moucherons impactés
Je scrute la lointaine ligne grise
Simili d’horizon bouché
Que mes lents essuie-glace s’épuisent
Tant bien que mal à balayer.

mercredi 23 mars 2011

Mort d'une aventure

A rebours
Vers l’aurore
Les aiguilles courent
Et d’un tic-tac retors
Tirent du sommeil le jour
Qui à travers le store
Vient lécher les contours
De notre amas de corps
Dont les siamoises courbures
Dès lors
Se séparent et se murent
Dans un silence de mort
Que seuls quelques râles de griffures
Troublent du bout des pores
Sous la brûlure
Des rayons d’or
Un à un nos sens se censurent
Et les pudeurs d’éclore
Pareilles à de claires moisissures
Alors
Qu’à mesure
S’évaporent
Les dernières bribes d’obscur
Et que s’illumine le décor
Où notre gisante aventure
Ad vitam aeternam s’endort.

lundi 7 mars 2011

Facebook

Sur les murs
Du réseau social
Les Narcisse du futur
Sans cesse s’étalent
Sous toutes leurs coutures
Se déballent
Nombrils avec pour seule censure
Des lambeaux de morale
D’où suppurent
Blessures de conflit familial
Plaies de fracture
Sentimentale
Et banales boursouflures
D’ego mis à mal
Par un frais trauma post-rupture
Ainsi continuellement dévalent
Dans ce virtuel vide-ordures
Tranches de vie sous vide abyssal
Et autres intimes épluchures
Qu’une liste d’amis se régale
A racler jusqu’à la rognure.

jeudi 3 mars 2011

Apple Store

Dans la boutique
La famille Mac
Exhibe ses courbes métalliques
Aux maniaques
Du tout-numérique
Ici en terre paradisiaque
Toute la belle clique
D’un clinquant regard braque
Le geek
Qu’elle dévalise d’une plaque
Petite pomme-pompe à fric
Ensuite s’attaque
Au grand public
Dont elle détraque
A coups de technologiques
Claques
Tout bon sens et logique
Qu’enfin il craque
Et repasse le méfiant portique
Les bras chargés de sacs
Le compte en banque vidé d’une brique.

mercredi 2 mars 2011

Séance

Allongée sur la méridienne
Les yeux clos elle remonte
Le courant des eaux souterraines
Où stagnent résidus de honte
Et détritus de haine
Dont ses narines affrontent
Les puantes effluves puritaines
Le nez pincé elle se raconte
Face à la froide Freudienne
Qui silencieusement la confronte
A ses terreurs anciennes
Traumatiques démons-mastodonte
A l’écrasante haleine
Dont elle revoit les doigts qui domptent
Sa crinière noir ébène
Qu'elle condamne depuis à la tonte
Et vissent son visage qu’ils maintiennent
Dans un étau de fonte
Tandis que tremble sa bouche pleine
Qu’un bas-ventre à jamais surmonte.

vendredi 25 février 2011

Webcam

Le long du 13 pouces
Mes doigts glissent
Cependant que les siens retroussent
Sa jupe sous mes yeux qui se plissent
Pour mieux convoiter la fine gousse
Qu’aux tréfonds de son entrecuisse
Un filet de brune brousse
Tapisse
Alors que ma libido glousse
Devant ce spectacle-supplice
Sans y croire je repousse
Les avances de ma spectatrice
Qui d’un vorace regard rebrousse
La fermeture de mon Levi’s
Soudain secousse
Le Net dévisse
Les pixels toussent
Et c’est seul face à la matrice
Que j’éclabousse
In extremis
Tandis que mon désir s’émousse
Le clavier d'un plaisir factice.

samedi 29 janvier 2011

Road trip

Des jours que les chevaux mythiques
De la Mustang décapotable
Galopent le long du Pacifique
Comme fouettés par la queue d’un diable
Aux pulsions nomades hystériques
Du côté vitre passager
Défilent les décors rachitiques
D’un Far West au visage grêlé
Dont les rochers-pics
Acérés
Recouverts d’une poussière rouge brique
Semblent à deux doigts de dégainer
Sur une de ces musiques
Sifflées
Ponctuées du souffle asthmatique
Des rares pick-up rencontrés
Et d’aboiements-klaxon typiques
De trucks aux échappements chromés
Molosses de tôle d’une Amérique
s’enchaînent bleds et trous paumés
A l’atmosphère fantomatique
Stations Texaco délabrées
Peuplées de graisseux pneumatiques
Dont le caoutchouc calciné
A l’asphyxiante odeur indique
Qu'ici le soleil tape pour tuer.

mercredi 26 janvier 2011

Sevrage

J’émerge en nage
Sous un ciel d’aube hirsute
Balafré de traînées de nuages
Cotonneuses plaies d’astrale dispute
D’où filtre un rayon rouge de rage
Dont la chaleur percute
Mon grelottant visage
Tout en moi je ressens la lutte
Entre organes assoiffés
Mendiant le moindre fond de flûte
Et chétive volonté
Souffre-douleur de mes rechutes
Le cerveau convulsé
De foudroyantes images
C’est les dents fendues de claquer
Qu’envieusement j’envisage
D’opulentes bouteilles tapiner
Le long de boulevards-étalages
Où roulent sans s’arrêter
Les caddies d’harmonieux ménages
Aux vies d’eau minéralisée
Éclaboussant sur leur passage
Ma tremblotante ténacité.

samedi 22 janvier 2011

Délivrance

L’air siffle
Et l’enfant pleure
Tandis que sous les gifles
La mère tangue de terreur
Et comme elle peut renifle
Le sang coulé d’erreurs
Jamais commises
Ailleurs
Que dans le crâne en crise
De son démolisseur
Sentant l’imminent lâcher prise
De son corps que les poings rageurs
Méticuleusement pulvérisent
Elle ferme ses yeux dont le beurre
Noir s’irise
En mille et une couleurs
Qu’elle prophétise
Couronne de fleurs
Posée sur les pierres grises
De sa dernière demeure
A l’idée de cette terre promise
Dont les premières lueurs
A chaque déchaînement se précisent
Elle arbore un sourire rêveur
Qui sur son visage cristallise
L’existence dans toute sa splendeur.

vendredi 7 janvier 2011

Transe onanique

Tirée du sommeil conjugal

Par un spasme illicite

Elle sent qu’entre ses cuisses dévalent

Les eaux d’un rêve qu’elle régurgite

Au sein desquelles d’une main fluviale

Elle s’immerge et dès l’instant quitte

Les berges du matelas nuptial

Où dort son précoce acolyte

A fond de cale

Et sans même qu’elle les sollicite

L’index et le majeur cavalent

Jusqu’à capturer sa pépite

Que d’un toucher monumental

Ils muent en une météorite

Dont la combustion hormonale

Surchauffe ses phalanges-stalagmite

Sur lesquelles alors elle s’empale

Assaillie de flashs qui crépitent

A la bande-son ponctuée de râles

Où se mêlent sexes qui palpitent

Et fantasme de femme vénale

C’est de ses deux doigts-dynamite

A la mèche allumée sans mal

Que dans un soubresaut tacite

Et d’un brusque geste final

Implose la discrète Aphrodite.

mercredi 5 janvier 2011

Les fauves du fer

Un vent glacé balaie l’usine
De toute présence humaine
Tandis que droit vers les machines
Nos envies d’acier nous entraînent
Dans l’hostile décor on devine
Les silhouettes obscènes
De cheminées dont les narines
Expirent des vapeurs vénusiennes
Fouettées par une compacte bruine
Aux gouttes au goût de kérosène
Courbant leurs fugitives échines
Jusqu’à en perdre haleine
Nos agiles ombres clandestines
Courent sur les tuyaux que gangrène
Une rouille brun nicotine
Ici reine
C’est ivres du bruit des bobines
Que sur le rugueux rail d’une chaîne
Nos félines formes enfin s’inclinent
Alors que raisonnent dans l’Eden
Industriel d’obèses turbines
Dont les rugissements-fumigènes
Couvrent nos climax qui fulminent.