lundi 18 octobre 2010

Le pacte

D’un pas léger
Elle se promène
Sillonnant les couloirs bleutés
De mes ténébreuses veines
Où stagne un sang séché
Dans l’écorce écorchée des gaines
Aux parois salement entaillées
A la hache façon tronc de chêne
Elle s’amuse à graver
Mes initiales avec les siennes
Le tout dans un cœur entouré
Lui-même d’effigies érogènes
Stigmates-vestige de son passé
Comme cet intact hymen
Qu’aussitôt fini d’esquisser
Dans un accès de triste haine
Elle vient violemment perforer
Mêlant ses cicatrices aux miennes
Sa manière à elle de sceller
Le pacte de nos A.D.N.
Aux séquences dès lors enlacées.

dimanche 17 octobre 2010

En flammes

A même le sol
Tel un charnel charnier
Les corps rissolent
Dans l’air éclaboussé
De nos particules-fumerolles
Bien avant nos membres embrasés
Rompant le protocole
Les souffles ecchymosés
Se redressent et s’accolent
Pour finalement former
Une fumante farandole
De pestilentielles phrases-cliché
Qui tour à tour s’immolent
Laissant l’atmosphère imprégnée
Des arômes de ces auréoles
Sur l’habituel drap dessinées
Tandis qu’un ange passe et survole
Nos carcasses consumées
Les libidos-lampe à pétrole
Déjà semblent se rallumer
Dans la pièce aux murs qui gondolent
A l’architecture éreintée
D’envies qui jamais ne s’étiolent.

samedi 16 octobre 2010

Le rêve

Entre deux insomnies
Je nous ai vu nager
Dans un vaste océan d’orties
La peau brûlée
Les yeux rougis
Baignant dans la félicité
D’une euphorisante agonie
Ivres de s’être léchés
Nos plaies jusqu’à la lie
Nous avons longtemps dérivé
Sur un radeau de fleurs flétries
Aux chétifs pétales tapissés
D’une poussière au goût d’eau-de-vie
De la plage aux tristes palmiers
Nous parvenaient les blancs d’ennui
De couples aux transats enlisés
Et dont les corps de crème enduits
Semblaient peu à peu s’enfoncer
Dans un sable aux grains gris uni
Ainsi s’étiraient les journées
A passer nos doigts en débris
Sur nos chairs efflanquées
Par l’amour des amants maudits.

jeudi 14 octobre 2010

L'invitation

Sous d’exigus combles haussmanniens
Elle me reçoit sans autre habit
Qu’une paire d’escarpins
Rouge vernis
S’emparant d’instinct de ma main
Et sans même qu’un seul mot soit dit
Elle m’entraîne dans l’antre où parfums
D’entêtante térébenthine
Et d’onguents africains
S’en prennent sèchement à mes narines
De denses pièces en couloirs sans fin
L’intriguant trajet se termine
Au cœur d’un boudoir noir fusain
Au sein duquel je me devine
Cerné d’innombrables bouquins
Où les névroses d'Anaïs Nin
Côtoient les affres arachnéens
D’une Louise Bourgeois dont les résines
Et autre délires plasticiens
Imprègnent l’endroit d’une patine
Au féminisme de droit divin
Alors qu’elle déboutonne mon jean
Sans décrocher ses yeux des miens
Je sens qu’en moi lentement décline
Ce qu’il me reste d’esprit sain.

mardi 12 octobre 2010

Hell’s motel

Grincement d’effraction
J’actionne anxieusement la poignée
De la porte en putréfaction
Dont gémissent les gonds assoiffés
Un décor de désolation
S’ouvre à mes pupilles effarées
Au comptoir de la réception
Une femme sans âge semble absorbée
Par l’artificielle narration
D’un roman-photo saturé
De personnages aux expressions
Et sourires hideusement figés
D’un plissement du double menton
Mon hôtesse m’invite à signer
Un registre noirci de noms
Aux sinistres sonorités
Soudain de ses haillons
Elle fait jaillir une clé
Siglée du chiffre du démon
Et me fait signe de monter
Alors qu’une brutale intuition
Me parcourt de la tête aux pieds
Une inexorable attraction
Me pousse moins de force que de gré
A gagner ma destination
Par le trou de serrure rouillé
J’entrevois des bulles de savon
Flottant dans une lumière pourprée
Soufflées par les bouches vermillon
De femmes ivres de sautiller
Sur un écarlate édredon
C’est d’une moue mollement résignée
Que je fais mon apparition
Dans la chambre aux corps par milliers
En vue d’une charnelle damnation.

vendredi 1 octobre 2010

Prémices

Étendu sur le lit
Les yeux à fixer le plafond
Je l’entends qui se déshabille
Derrière la porte du salon
Résonnent encore dans mon esprit
Ses électrisantes instructions
Entre nos deux bouches pas un bruit
Seuls quelques soupirs d’abandon
En guise d’éclairage un noir nuit
Massive Attack pour la bande-son
L’élastique de son bas résille
Qu’elle ajuste d’un geste prompt
Donne un bon indice à mon ouïe
Quant à sa proche apparition
Pendant qu’en moi l’hémorragie
D’hormones poursuit sa progression
Je perçois ses talons aiguilles
Marteler le sol à tâtons
Quand dans l’embrasure elle surgit
C’est sans accessoirisation
Autre qu’une opportune bougie
Dont son souffle a sitôt raison.