jeudi 30 septembre 2010

La salle d’attente

A peine entré dans l’immense pièce
Aux rangs de chaises à l’infini
Une lancinante odeur m’agresse
Pot-pourri
Des silencieuses douleurs
Éprouvées par les gens ici
Chacun semble attendre son heure
Ce fameux rendez-vous de vie
Dont on ressort la tête ailleurs
Le mal de finir seul guéri
Certains le visage dans les mains
Semblent une fois pour toutes s’être assis
Sur tout espoir d’entendre enfin
Résonner leur nom de famille
Entre ces murs à l’écho vain
Face à la table basse
Où s’empilent magazines
Pour apprenti pétasses
A gonflables poitrines
Et traders ruisselants de liasses
D’une blancheur androgyne
Tous esquissent une triste grimace
Se doutant déjà j’imagine
Qu’ils ne quitteront jamais leur place
Autrement que mis sous morphine.

mardi 28 septembre 2010

Virus

Planté devant la baie vitrée
De la salle d’embarquement
J’observe sur le tarmac gronder
L’immonde tas de ferraille blanc
Archibondé de passagers
Gigantesque moustique hurlant
Il se prépare à décoller
Pour aller disperser aux vents
Son chargement contaminé
Par tous les maux de l’occident
Familles nombreuses intoxiquées
Aux complexes hôteliers géants
Touristes-déséquilibré
Addicts aux pré-adolescents
Couples aux sentiments nécrosés
Et désir mutuel pourrissant
Sur la carlingue immaculée
Clignotent imperturbablement
Des lumières qui viennent indiquer
L’envol désormais imminent
De cette ambulance infestée
De la soute aux compartiments.

dimanche 26 septembre 2010

Le site de rencontre

Tel un estivant
Qui d’un doigt machinal
Fait tourner le portant
De cartes postales
En quête d’un ciel bleu
Un peu moins banal
D’un clic paresseux
Je fais défiler les visages
Aux regards vainement voluptueux
Tous paraissent comme pris en otage
Par un idéal vénéneux
D’implorants désirs de partage
Semblent scintiller dans leurs yeux
Dans un affriolant langage
Les corps prennent des poses aguicheuses
Brouillant brusquement le message
De celles qui s’aimeraient amoureuse
J’erre donc ainsi de page en page
Dans un climat de fièvre acheteuse
Pendant que sur les étalages
Viennent et vont des mains baladeuses
Et tandis qu’en moi se propage
Une avidité nauséeuse.

jeudi 23 septembre 2010

Fin de saison

Autour du feu de camp
Dont les flammes ondulent sur des troncs
Un rond d’adolescents
Fait front
Sur l’humide sable blanc
Maculé du rouge rubicond
De poétiques promesses de sang
Faites à coups de tessons
Gravées dans leurs peaux post-enfant
Sur les corps en transformation
D’agonisants
Tisons
Dans d’interminables crissements
Achèvent leur combustion
Alors que les ultimes serments
Prêtés sur du Lautréamont
Sont désintégrés par un vent
Soufflant à pleins poumons
Sur leurs idéaux pubescents
Dont dès demain les fondations
Ploieront irrémédiablement
Sous les assauts de la raison.

mercredi 8 septembre 2010

Le carrousel

De mon banc
Je la guette
Partir à rebrousse-temps
Sur l’attraction désuète
Agrippant
La barre-rênes
D’un des chevaux de bois
Dont le galop l’entraîne
Loin des panoramas
Peuplés d’une faune obscène
De mâles-oiseaux de proie
Aux ricanements de hyène
Le mécanique dada
Lentement la ramène
A ses rêves d’autrefois
Se ferment alors ses yeux-persiennes
Kaléidoscopes où elle voit
Se jouer à l’infini la scène
D’un garçon qui lui passe au doigt
Une de ces bagues de fête foraine
Au candide plastique d’apparat
Le vieux manège
Enfin se fige
Et la cavalière quitte son siège
Pour s’effondrer prise de vertiges
Alors qu’en elle volent en éclats
Ses rêves or 24 carats.