samedi 14 août 2010

Faux contact

Dans la rame bondée
Où se mélangent odeurs
De parfum bon marché
Et relents rances de sueur
Nos visions jouent à s’éviter
Tandis que sur le rail hurleur
Le wagon semble comme danser
A la lueur d’un éclairage
Au vacillant voltage
Qui par intermittence nous plonge
Dans une obscurité de songe
C’est durant ces intervalles sombres
Que je distingue en nombre
Les paillettes qui constellent
La bouche bée de la passagère
Et qui subrepticement révèlent
Les mouvements de ses maxillaires
Tandis que revient la lumière
Mes hormones encore étincellent
Des jeux de clair-obscur sensuels
De la chorégraphe carnassière
A l’approche du futur arrêt
Le métro soudain décélère
La femme-fauve s’empare du loquet
Et se mordant la lèvre lacère
Mes derniers doutes quant à lui plaire
Avant qu’elle ne fasse coulisser
Des doigts ses deux portes d’accès
J’ouvre les miennes d’un pouce pressé
Prêt à l’accoster sur le quai
Derrière le plexiglas rayé
Immobile
La belle n’a pas bougé d’un cil
Et quand le signal retentit
Sonnant la fin de la partie
C’est d’une moue de bluff scintillante
Que l’imperturbable gagnante
Ici me plante
Pour regagner l’artificielle
Nuit du tunnel.

vendredi 13 août 2010

La nageuse

Alors qu’elle enchaîne les longueurs
Je la suis du regard
En mode sniper
Sur le plongeoir
Coupant finalement les moteurs
Elle va s’asseoir
Sur le rebord couleur
Ivoire
Et là sous mes yeux-mirador
De ses doigts-nageoires
Elle essore
Sa chevelure trempée
D’où le chlore
Coule et vient perler
Sur son corps
Aux lignes fuselées
Style hors-bord
Trop occupé
A percer les mystères
De son maillot mouillé
Lequel effrontément enserre
Sa poitrine-obusier
Je passe à découvert
Et l’épiée
Me repère
Ma position coulée
Par ses pupilles-torpilles
Je songe à décamper
Quand d’un index plus qu’explicite
La sirène espionnée m’invite
A la suivre dans les vestiaires
Pour livrer une tout autre guerre.

samedi 7 août 2010

America

Du brûlant bitume
De la Cinquième Avenue émanent
De nocives vapeurs d’amertume
Silencieusement elles enrubannent
Le rêve américain-coutume
Des âmes en peine de Manhattan
Qu’ensuite façon serpent à plumes
Elles asphyxient de leurs corps-liane
Dans sa combinaison-costume
Un businessman
Du haut de son gratte-ciel ricane
Inspire insolemment et hume
Derrière ses masque à gaz-Ray-Ban
Le fumet d’or noir qui parfume
La grosse pomme à peau qui se fane
Réduite à l’état de légume
Pareille à un mourant Havane
De l’intérieur elle se consume
A coups d’holdings-JPMorgan
Et de marées noires dont l’écume
S’élève et perpétuellement plane
Sur l’île telle une funèbre brume.

dimanche 1 août 2010

Erostar

A peine le train entré en gare
Sur le quai quasi-désert
Préliminaires
Prémonitoires
De nos regards
Qui croisent le fer
Dans la voiture-première
A la faveur d’un bel hasard
Nos corps se retrouvent à côté
S’engage alors sur l’accoudoir
Un ballet de bras effleurés
De doigts qui tâtonnent et s’égarent
Dans une piquante promiscuité
Un assoupissement illusoire
Nous accorde toute impunité
Pour nous adonner dans le noir
A des caresses-acte manqué
C’est dans ce sommeil synthétique
Et au son hypnotique
Du ronron des roues sur les rails
Que quelque part sous l’Atlantique
Nos deux intimités tressaillent.

Démantèlement

Au fur et à mesure
Que s’entassent
Dans le cendrier-sépulture
Les mégots-carcasse
De celle qui peu à peu me glace
De par sa répartie-torture
Je sens mes phrases qui se fissurent
Que le moindre mot se fracasse
Contre son mur
D’abrupte audace
De dominante désinvolture
Truffant ses questions de crevasses
Elle fait s’effondrer les structures
De mes réponses les plus coriaces
Jusqu’à transpercer l’armature
De mon argumentaire-cuirasse
C’est via l’écrasement-signature
D’une dernière cigarette qu’elle classe
Mon dossier dans le genre parjure
Et qu’elle entérine ma disgrâce
M’intimant pour conclure
D’immédiatement quitter la place.