vendredi 30 juillet 2010

L'orage

Dissimulé derrière
Le verre
De la vitre de ma portière
Qu’une pluie providentielle bombarde
Je la regarde
Altière
Son parapluie-paratonnerre
L’abritant des célestes hallebardes
Elle se refarde
Les paupières
Dans la lumière
Blafarde
Du fidèle réverbère
Qui depuis toujours monte la garde
Devant la grille de fer
De sa résidence banlieusarde
Soudainement comme si c’était hier
Je la revois qui s’avance
Dans le faisceau de mes phares
Non sans cette nonchalance
Qui laissait mes cinq sens
Hagards
Sorti sans ménagement
De ma fantomatique rêverie
Par le rauque rugissement
D’un moteur made in Italy
Je reprends mes esprits
A temps
Pour la voir s’engouffrer
Dans le bolide bruyant
A la lueur syncopée
D’un électrique arc blanc
Et l’instant d’après s’effacer
Sous un ciel à feu et à sang.

mercredi 28 juillet 2010

Warning

Sur mon canapé blanc banquise
La soirée part à la dérive
Tandis que ma trop jeune convive
Plus affalée qu’assise
Sans discontinuer s’alcoolise
Et se gave en olives
Sa lucidité s’amenuise
Et bientôt
Je l’observe ivre morte
Chercher péniblement ses mots
Comme saoule devant sa porte
Sans trouver son trousseau
Elle retire tout à coup le haut
Découvrant sa parfaite poitrine
Et m’annonce d’une diction-chaos
Que les verres de Dry Gin
A cet instant précis imbibent
Ses derniers sursauts de conscience
Avant même qu’elle exhibe
Ce qu’il lui reste d’innocence
Pris d’un réflexe de survie
Je la rhabille dans l’urgence
Et lui commande un taxi.

lundi 26 juillet 2010

La machine à écrire

Mourante
Elle gît sur le trottoir-étal
D’une obscure brocante
Provinciale
Entre un gramophone délabré
Au bras de métal
Mutilé
Envieux d’émettre un dernier râle
Et une bancale
Carcasse de grille
Au fer forgé à l’agonie
Intrigué
Par la vieille Remington
Aux trois-quarts des tiges amputées
De leur bloc de voyelle-consonne
Grièvement criblée
De rayures
Et à la peinture
Écaillée
J’en propose bien plus qu’elle n’en vaut
Au propriétaire pétrifié
Qui sur un ton embarrassé
Me l’adjuge aussitôt
Arguant d’un rictus édenté
Qu’elle n’a pas dit son dernier mot
A peine à moi
La moribonde machine
Se convulsionne une dernière fois
Avant que son rouleau en ruine
Ne rende les armes entre mes bras.

mardi 20 juillet 2010

Lavomatic

Je pousse la porte
D’un geste gauche
En blanc t-shirt et mini-short
Elle est là qui chevauche
Une des bruyantes machines
Dont la puissante turbine
Imperceptiblement anime
Son vibrant bassin
Qui s’exprime
Au rythme d’infimes
Va-et-vient
Sitôt mon programme enclenché
Ses yeux délaissent son magazine
Pour venir m’affronter
Dans un jeu d’œillades
Assassines
Envieuse de porter l’estocade
D’un fatidique frottement de jean
La cavalière vient décroiser
Ses armes longilignes
Pour m’assener
En pleine rétine
La vue du hublot détrempé.

lundi 19 juillet 2010

Vie, mort, etc.

Alors qu’elle dort
Depuis plus d’un an déjà
Sous un parterre multicolore
Marqué d’une croix
Me revoilà
Chez elle en plein décor
Couleur Sépia
Dans son grenier sur des gravats
Gris météore
Recouverts d’un fin drap
Deux vieux fauteuils de cinéma
Trésors
De l’époque du Technicolor
Joignant leurs accoudoirs en bois
Ceux-ci m’implorent
De prendre place une dernière fois
Entre leurs bras
Me promettant tout le confort
De leur antique tissu grenat
Douloureuse métaphore
De celle qui autrefois
M’aurait fait des ponts d’or
Pour m’avoir le temps d’un repas
En colère contre moi
Je ressors
De l’endroit
Aussitôt mes remords
Passent de vie à trépas.

mercredi 14 juillet 2010

Contagion

Suintants serrages
De mains
Dans l’air vicié du vernissage
Au son du tintement cristallin
De coupes au champagne d’usage
Que bulle après bulle j’ingurgite
Tandis qu’en continu transitent
De doigts en doigts
D’infectieuses cartes de visite
Porteuses du germe Parisianite
Et autres puants parasites
Qui se répandent à tour de bras
Au fil de la futile soirée
Je sens qu’en moi
La mondaine maladie
Se propage à vitesse V
Frivolise mes phrases-franc-parler
Progressivement les ramollit
Jusqu’entièrement les infester
Une heure plus tard
Contaminé
J’accepte avec tous les égards
D’échanger mes coordonnées.

samedi 10 juillet 2010

La décision

Ambiance adolescente
Chez la Lolita étudiante
Où dans la chambre rose bonbon
Des peluches à surnom
Côtoient sur l’édredon
Une paire de socquettes inquiétantes
Dans les yeux d’un ourson
Une dérangeante lueur
Paraît me prévenir
Du caractère clairement mineur
Du lieu à la criante candeur
Que je viens d’investir
Contre la tête de lit
Des coussins-cœur
Couleur candy
Au rembourrage rieur
Me toisent d’un air-flagrant délit
Sur l’unique mur blanc sucre glace
La silhouette d’une femme-sticker
Aux bijoux-autocollants strass
Valide ma crainte majeure
Soudain deux jeunes mains baladeuses
Par derrière
Viennent faire taire
Tout soupçon
Poussant ma libido songeuse
A prendre une douteuse décision.

vendredi 9 juillet 2010

Angoisse urbaine

Figé sur le cuir simili
De la banquette craquelée
Du taxi
Dont la radio grésille
La mélancolie surannée
D’Initials B.B.
J’observe dans le noir scintiller
Les lumières de Paris
Qui telle une gisante galaxie
A la poussiéreuse agonie
Paraît sur le point d’exploser
De part et d’autre du périph’
Des logos-hiéroglyphe
Bariolés
Façon tapin demi-tarif
Surplombent en lettres capitales
Des buildings érigés
Sur un sol sale
Spéculatif
A la gloire d’hommes pressés
D’atteindre les étoiles
C’est avec le pressentiment
D’un suicide astral
Collectif
Imminent
Et au son du violon final
De Gainsbourg et ses initiales
Que je claque d’un geste brutal
La portière de métal massif
Pour revenir à la normale.

mercredi 7 juillet 2010

Purge

Adossé
Au mur
De ma salle de douche
Je laisse l’eau bouillante s’écouler
Sur ma peau jusqu’à la brûlure
Réduire ces tenaces traces de bouche
En cendres-éclaboussure
D’une salutaire courbure
Je passe le pommeau-tisonnier
Dans mon dos lacéré
De rougeoyantes griffures
Laissant le liquide s’infiltrer
Dans les ardentes rainures
Souillées
D’un jet glacé
J’asperge ensuite ma chevelure
A l’odeur imprégnée
D’ « Allure »
Jusqu’à ressentir la froidure
M’anesthésier
La moindre nervure
C’est l’épiderme calciné
Les doigts constellés d’engelures
Que je quitte la cabine embuée
Pour partir me coucher
Enfin pur.

mardi 6 juillet 2010

Le journal

J’ai laissé là
Sur un banc
De bois
Brûlant
Notre intime sarcophage
Contenant hors d’âge
Hommage
Aux relations d’un autre temps
Tes inspirantes images
Et autres affriolants
Griffonnages
Torrides clichés-mirage
Au grain récalcitrant
Mes écrits-répondant
Témoignage
Noir sur blanc
De mon fertile penchant
Pour ton affolant fuselage
Courbes-ravage
Dont l’espace d’un instant
Je me voyais creusant
Le sillage
Au moment de laisser le vent
Décider du sort de l’ouvrage
Comme un sécurisant message
Le marque-page
Couleur rouge sang
Se dresse tel un gracieux serpent
Pour retomber sans un bruissement.

dimanche 4 juillet 2010

Malentendu

Plein été
De nuit dans une rue
Désertée
Des beaux quartiers
Je frôle le tissu
Enfiévré
D’une incandescente inconnue
A peine l’ai-je dépassé
Qu’à coups de mots-massue
La maligne ingénue
D’un ton surjoué
Savoureusement outré
Vient me rappeler
Les rudiments premiers
De la vertu
Sa perche sitôt tendue
D’un air faussement mal assuré
Délicieusement confus
Je fonds sur ses lèvres charnues
Et d’un baiser
De fil blanc cousu
M’emploie à lui faire oublier
La bonne tenue
Dont je viens de manquer
D’une main tendue
Je l’invite à entrer
Dans le hall exigu
De l’immeuble à côté
Bien résolu
A dissiper
Tout malentendu.