vendredi 30 avril 2010

Anesthésie générale

Dans les bars
Aux volutes évincés
Désirs hagards
Et ardeurs atrophiées
Se frôlent
Sans jamais se toucher
Avec sur leur épaules
Nues, chloroformées
Des arômes atones
De parfums éventés
Aux atomes aphones
De s’être époumonés
A stimuler des sens
Toujours plus assoiffés
A combler des carences
De fragrances longue durée
Aux relents tenaces
C’est dans cette atmosphère
De senteurs somnifères
Que s’entasse
Effréné
Un monde déliquescent
Qui n’a de cesse d’humer
L’air inodore ambiant.

mercredi 28 avril 2010

Séparation

Dans l’air saturé du studio
Nos bouches à bout de souffle s’épuisent
D’avoir montré, planté les crocs
Les langues déshydratées lâchent prise
Sont au bord du double K.O.
Des gouttes furieuses
Soudain cognent à l’unique carreau
Envieuses
De perler sur nos peaux
D’enfin détremper nos visages
Fardés d’abnégation
Nous délivrer du maquillage
Grimant nos complexions
Noyer les lâches preneurs d’otage
Attachement affection
Passer sur nos crues de langage
Comme de l’eau sous les ponts
Dans un fracas libérateur
La vitre plie sous les grêlons
Chacun déglutit ses rancœurs
Et reprend sa respiration
Sur nos joues des coulées de pleurs
Consacrent une belle séparation.

lundi 26 avril 2010

Lou

Comme ces anorexiques
Aux fulgurantes fringales
Lou est une boulimique
D’hormones mâles
Sidérale sexoolique
Addict aux liqueurs séminales
Elle aime cet état névrotique
De frénésie phallique
Durant lequel
Elle s’intoxique
Du fiel
Gorgé d’acide citrique
De ses partenaires anonymes
Trouvés accoudés aux comptoirs
Des bars à boire
De mauvais millésimes
Elle les aime bien gentils loosers
Amants passifs
Inoffensifs fornicateurs
Surtout vifs éjaculateurs
Qu’au sang elle griffe
Et c’est toujours sans nul remord
Qu’elle les essore
Les vide de leur substance
Livide semence
A laquelle Lou avoue
D’une timide moue
Son avide dépendance.

mardi 20 avril 2010

Collage

Au fur
Et à mesure
Que nos textures
Se juxtaposent
Jusqu’à l’osmose
Les frontières
De nos matières
Grises
Et de chair
S’amenuisent
Pour qu’enfin se matérialise
Ce collage
Sur lequel les images
De nos tissus en nage
Prennent vie
Peu à peu se démultiplient
Jusqu’au total déferlement
De nos corps sur ce carré blanc
Dans un ultime râle
J’enduis la toile
Teintée d’une blondeur vénitienne
Humectée d’une sueur érogène
Mais encore bien trop vierge
De la cire brûlante de mon cierge
Alors que dans un spasme immense
Ma partenaire explose
Et y appose
Un peu de son essence.

lundi 19 avril 2010

L'échelle d'Emmanuelle

Tremblements
Somatiques
Certitudes
Mises à mal
Battements
Physiologiques
Magnitude
Maximale
Dans les tréfonds
De mon bas-ventre
De démon
A l’épicentre
Aride
Depuis trop longtemps vide
De ces trépidations
Qui font bouger les plaques
Figées de ma raison
Crouler les fondations
D’indifférence qui craquent
Et savamment détraquent
Les tièdes conditions
Sentimento-logiques
Régnant dans les régions
Alentours désertiques
De ma cage thoracique
Sur son échelle
Emmanuelle
Continue sa montée
Et moi d’être classé
Catastrophe corporelle.

vendredi 16 avril 2010

Elo's Manifesto

A coups
De dessous
Couleur Smarties
La fille à la Smart grise
Joue
Les insoumises
Avec mes goûts
Du shorty rouge cerise
Dont elle pare son bonbon
Au bandeau jaune citron
Qu’elle passe sous sa chemise
Elle se fait friandise
Pulvérise
Pour de bon
Ma classique gourmandise
Aux oubliettes remise
Mes tissus-tradition
Et me familiarise
Aux vertus du coton
Qu’elle intronise
D’un ton
Sans objection permise
Gardien de son vallon
De sa fève Tonka
Tanga
Marron moka
Caraco
Cacao
Ou boxer beige nougat
Les dessus suaves
De cette princesse aux pieds nus
Savent
Mieux qu’aucune autre fièvre
A ses lèvres
Me laisser suspendu.

jeudi 15 avril 2010

Duel

Dos à dos
Rivaux recto verso
Pour règlement de comptes en cieux sentimentaux

Pas à pas
Chacun dans son sens va
Faisant crisser sous lui les ultimes gravats

Face à face
Nos ombres s’entrelacent
Tout à coup les balles sifflent et nos regards se glacent

Corps à corps
Synchrones jusqu’à la mort
Alors que d’Est en Ouest sombre notre décor.

mercredi 14 avril 2010

Résurgence

Au détour
D’une descente
A la tombée du jour
Chez une de ces amantes
Que j’honore sans amour
Je me retrouve à rouler
A contresens
Dans le quartier
De mon enfance
Je croise un gosse
Sur son vélo
Qui d’un regard féroce
Me lance « T’es pas réglo
T’avais promis !
Quelque chose de joli… »
Au feu suivant
Je tente un demi-tour
Pour rattraper l’enfant
Aux boucles de velours
Mais rien à faire
Ses yeux rieurs
Colères
En pleurs
Sont déjà loin
En sens contraire
Je reprends mon chemin.