dimanche 31 janvier 2010

Violation

Alors même que j’enfonce
Sans faire la moindre annonce
Au plus étroit
Ma ronce
Dans le miroir je vois
Sur ton visage une once
D’irrépressible effroi
Les sourcils que tu fronces
Ta bouche bée qui se bat
Et finalement prononce
Beaucoup moins qu’elle n’aboie
Un assourdissant ha
Ta retenue renonce
A user de ses droits
Alors que pas à pas
Lentement je dénonce
Tes instincts les plus bas
Que la vertu engonce
Et sur un ton narquois
Distinctement j’énonce
La sinistre semonce
Connue des hommes de loi
Qui n’appelle en réponse
Qu’un consentement sans voix
Tout ce que tu crieras
Pourra être et sera
Retenu contre toi.

mercredi 27 janvier 2010

Ambre

Dans le fond de mon verre
Je regarde tomber
Comme une pluie salutaire
Mon eau tiède salée
Et j'observe onduler
Le liquide délétère
Aux teintes fauves ambrées
Qu'à minutieuses gorgées
Religieusement j'ingère
Quelques glaçons gelés
D'un opaque blanc polaire
Polis par les degrés
De mon poison malté
Semblent danser sur l'air
De la musique jouée
Par mes auriculaires
Sur les parois glacées
Renfermant cette mer
Aux couleurs de l'enfer
Telle un Styx doré
Nostalgie mortifère
Tristesse alcoolisée
Ce soir Ambre ma chère
Je noie à ta santé
Mes démons adultères
Dans ces flots distillés.

mardi 26 janvier 2010

Si tu savais

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
Les piqûres sur mon parquet
Meurtri
Qu’infligeait chaque pas
De tes talons aiguilles

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
Les crèmes de corps par paquets
Mes cris
Quand hurlant d’effroi
J’en découvrais le prix

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
La brume d’oreiller sur taies
De lit
Ta façon pour moi
D’endormir l’insomnie

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
Les copines qui débarquaient
La nuit
Pleuraient dans tes bras
Pour une histoire de filles

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici

Comme ça manque de vie.

lundi 25 janvier 2010

Petite mort

Le remord
Me dévore
Quand je laisse éclore
Le chlore
Hors
De mon corps
Qu’il sort
Au dehors
Dans l’hor-
-reur de l’aurore
Alors
Que je me tords
Mini météores
Juniors
Qui s’ignorent
Conquistadors
De la déflor’
Tout cet or
Incolore
Qui lentement s’évapore
Sur chacun de mes pores
Blanc trésor
Dont je déplore
Le sort
Étendu je m'endors
Dans cet aqueux décor
Petite mort.

vendredi 22 janvier 2010

La tsigane

De son occulte
Orifice
Elle sculpte
Esquisse
Affûte
Et tisse
Via ses volutes
Envolés
Mon futur tout tracé
Courbé
Des seins énormes
Émanent
Se forment
Aussitôt fanent
Les silhouettes diaphanes
De femmes en uniforme
D’obscures danseuses gitanes
S’animent et se rendorment
La bouche extralucide
De ma fumeuse voyante
Se dilate et me guide
De présages translucides
En augures inquiétantes
La séance terminée
Alors même qu’elle éteint
Dans la paume de sa main
Aux traits parcheminés
Le mégot magicien
Un fantôme de fumée
Vient former le mot FIN.

jeudi 21 janvier 2010

L'exécution

Rendez-vous dans un bar
A sa table attitrée
Pour interrogatoire
Musclé
Elle veut me voir
Plier
Me faire jurer
Cracher
Rien que la vérité
Je m’affale
Victime
En fond de salle
Réclame
Un millésime
Infâme
Elle arrive
Sublime
Définitive
Dans l’air lourd
Carcéral
Flotte un parfum de cour
Martiale
Une fragrance de potence
D’un débit
Mitraillette
Elle énumère
Mes délits de braguette
Coups de gâchette
Dans le détail récite
Mes illicites coïts
Illégitimes étreintes
Fidélité enfreinte
Fornicateur défait
Je reconnais en pleurs
Les faits
Dans un silence de mort
Elle m’accorde un sursis
Puis sort
De son Kelly
Un Rimmel couleur noir
Terril
Dont elle charge ses cils
Et d’une salve oculaire
Meurtrière
Me fusille du regard.

mardi 19 janvier 2010

Mal de mère

Début d’après-midi
Senteurs de crème solaire
La voilà qui surgit
En maillot ordinaire
Son marmot à la main
Le regard cache-misère
Envolé vers le loin
Ses yeux n’en pensent pas moins
Le mari suit derrière
Pâle porteur de serviettes
Sourd aux grains qui gangrènent
La santé-porcelaine
De son ménage en miettes
Elle réfléchit tout bas
De l’eau jusqu’à mi-cuisses
Qu’est-ce qui la retient là
Sinon ce foutu fils
Il suffirait d’un geste
Malheureux
Qu’enfin elle s’en déleste
Dans l’eau bleue
Tout à coup cri d’effroi
Le bambin crève
De froid
Déjà la fin du rêve
Porter le petit poids
Jusqu’à la terre
Ferme
Qu’enfin il la
Ferme
Le vent se lève
Venant siffler
La fin de trêve
Et répand la rumeur
D'une soirée sans chaleur
Dans la nuit la marée
Impassible
Continue sa montée
Invisible.

lundi 18 janvier 2010

Fausse route

Pris d'un doute
J'ai fui
Pris la route
De nuit
Dans mon abri
Anti-trombes
Je roule au ralenti
Alors qu'il tombe
Des bombes
De pluie
Apparition
Elle surgit
Dans mon champ de vision
Transie
Le pouce en érection
Durci
Dans sa main gauche un carton
Destination ramollie
Lamentations
Les lettres pleurent un lieu-dit
Je décélère
Pas décidé
Soudain l'éclat d'un éclair
Me décide à stopper
Lumière
Sous son t-shirt
Trempé
Ses tétons flirtent
Pointés
Avec mes yeux rivés
La voilà qui s'avance
Potentielle passagère
Vers la portière
Ses pupilles noires me lancent
Un regard amusé
Et dans le bruit des gouttes
Derrière la vitre embuée
Je l'entends chuchoter
" Fausse route
Vous devriez rentrer. "

dimanche 17 janvier 2010

C'est l'histoire...

C'est l'histoire
Qu'on s'était promis
Juste pour la nuit
Une étreinte
Éphémère
Sans contraintes
Derrière
Faire taire
Enfin
Nos chairs
En chien
A coups
De reins
Plus tard le matin
Faire comme si
De rien
Mais
Là pour quelques heures
Mêler sels et sueurs
Le temps d'un à-deux
Laisser les regards
Se bouffer des yeux
Devenir miroirs
S'enivrer
Sombrer dans la lie
Des râles échappés
Des sons qu'on gémit
Déraper
Prendre un faux départ
Des années trop tard
Frôler le gâchis
D'une amitié rare
C'est l'histoire
D'un soir.

vendredi 15 janvier 2010

Dans mon coffre à jouets

Une drôle de poupée
Trouvée dans les bois
Les seins fatigués
Des trous dans les bras
Un service à thé
Pour shots Zubrowka
Aux tasses constellées
De tâches de tabac
Toute une collection
De jolies chansons
Qui parlent d'amour
En 45 tours
Mais dont les sillons
Grésillent pour toujours
Un livre d'images
Plutôt colorées
A la double page
Toute ensemencée
Bien sur des ballons
Pour faire des bêtises
Avec précaution
Goût banane-cerise
Et puis une photo
Aux couleurs passées
De moi bien plus tôt
Qui pose en duo
L'air enamouré
Sur une vieille moto.

jeudi 14 janvier 2010

La catin

Tremblant
Transi
Je l'attends
Assis
Au téléphone
On s'est tout dit
D'un ton atone
Mon envie
Phallique
Ses prix
Ses pratiques
Je l'entends
Déjà
Faire semblant
Je la vois
D'ici
S'agiter
Oh oui
Simuler
Son plaisir
Se cambrer
Sans désir
Succomber
Pour de faux
Et rhabiller
Sa peau
Soudainement
Ça sonne
Semonce
L'interphone
Résonne
L'annonce
Elle fait son entrée
Le sourire rôdé
Ses mains
Mécaniques
Ont faim
De mon fric
Je lui donne
Ce qu'elle veut
Elle s'étonne
De mon vœu
Qu'elle rebrousse
Chemin
Qu'elle retourne
D'où elle vient
La catin.

mardi 12 janvier 2010

L'amour à 3

Souvent la vie
Fait bien mal les choses
On ne choisit
Que ce qu'elle nous impose
Comme cette envie
D'aller cueillir la rose

De notre meilleur ami

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux n'a
Pas le bon numéro

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux doit
S'effacer sans un mot

Entre attirance
Et culpabilité
On se balance
La conscience rongée
Des conséquences
D'un choix mal assumé

Un peu trop lourd à porter

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux n'a
Pas choisi celle qu'il faut

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux doit
Faire tomber le rideau

Évidemment
On finit par craquer
Ami-amant
Vie de duplicité
Drogue-gin-calmants
Pour nous faire oublier

Trio parti pour durer.

lundi 11 janvier 2010

Mélanie

Vautour
Mélanie vient tourner
Autour
De mon corps allongé

Elle court
Son collant effilé
Retour
Vers ses soeurs de lycée

Tambour
Dans mon corps relevé
Parcours
Vers leur groupe amusé

Bonjour
D'un air mal assuré
Détour
Par des civilités

D'amour
On en vient à parler
Séjour
En terres sèches et brûlées

Y'a cours
L'une vient à s'écrier
Bravoure
Il me rester à oser

Recours
A la fatalité
Un jour
A sa majorité.

Les mines du nouveau millénaire

Asphalte et lignes blanches
Circuits embouteillés
Comme avant tout s’enclenche
Et commencent les journées

Le téléphone qu’on branche
La radio allumée
De l’air chaud vers les hanches
Et la clim’ en été

Esclaves de leur confort
Les hommes des temps modernes
Vont creuser pour de l’or
Sous leurs yeux quelques cernes

Ils y vont pour extraire

Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, résignés solidaires
Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, désormais solitaires

Hier c’était des wagons
La suie, des éraflures
Qui leurs striaient le front
Aujourd’hui des voitures

Qui les conduisent au fond
Toujours au même endroit
Où vit l’abnégation
Où les cafards sont rois

Asphalte et lignes blanches
Circuits embouteillés
Comme avant tout s’enclenche
Rien n’a vraiment changé

Ils y vont pour extraire

Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, résignés solidaires
Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, désormais solitaires

Désormais solitaires.

Faillites

A force d'enfouir
L’odieux, l'inavouable
D'ensevelir
Nos peurs véritables

Croyant s'abriter
De trop de souffrances
On passe à côté
De notre existence

Des douleurs qu'on tait
Qu'on évite
Des accords qu'on sait
Trop tacites

Nos vies périclitent

Faillites

Volontaires victimes
De trop de pudeur
On s'arrange d'infime
De non-dits du cœur

Aucun face à face
Mais dans les regards
L'insondable trace
De ce qui sépare

Des rancœurs qu'on range
Un peu vite
Pour donner le change
On s’agite

Nos vies périclitent

Faillites

jeudi 7 janvier 2010

L'inféconde

Comme toutes ces poules
Qui pondent
Elle la voulait sa boule
Le gros ventre qui gronde
Les fringales qui défoulent
L'échographe qui sonde
Sentir les eaux qui coulent
Avant la mise au monde
Pousser pour qu'il déboule
Les forces moribondes
Quand il sort, qu'on l'enroule
A la première seconde
Dans un linge, qu'il roucoule
D'une première plainte profonde
Les craintes qui s'écroulent
Le bonheur qui l'inonde
L'amour qui la rend saoule
Les bravo qui abondent
Dans la chambre où la foule
Contemple la tête blonde
Elle voulait être ronde
L'inféconde.

mardi 5 janvier 2010

Soldes

Le ciel est encore pâle
Mais les rues noires de monde
Dehors des queues colossales
Grossies de gens qui grondent
En manque de sommeil
Avides ils s'agglutinent
Pareils à des abeilles
Devant des ruches en ruine
Ce matin dans la glace
Ils se sont vus malins
D’aller lester des liasses
Dans les grands magasins
Tout à l’heure il vont faire
Des affaires
L’inventaire
Des invendus
La belle affaire
Dans la cohue
Tout défaire
Ouverture des portes
Accourt la cohorte
Qui sans voir
S'empare
Sans vraiment y croire
Furieuse frénésie
D’achats sans envie
Désirs à bas prix
Boulimies bradées
Soldes commencées.

De plus belle

Elle a récidivé
Hier soir
Comme un vide à combler
Le besoin d'être aimée
Alors à défaut boire
Se remplir
Recevoir
Sans délai déglutir
Ce trop-plein de mal-être
Ces non-dits
Que celle qui l'a fait naître
A nourris
Tenter de faire passer
Les pilules
Tous les non-souvenirs
Le cumul
De culpabilité
D'être un jour arrivée
Sans même avoir été
Désirée
Ses démons juvéniles
Déchainés
Lui réclament une servile
Gorgée
Impuissant je m'énerve
Et l'observe
Puiser dans ses réserves
Abyssales
Combattre seule le mal
Par le malt
Elle n'a pas trouvé mieux
Pour dire halte
A ce goût de trop peu
D'amour conditionnel
Maternel
J'ai beau l'aimer pour deux
A ses yeux
L'existence est plus belle
Respirable
Quand elle est moins réelle
Imbuvable.

lundi 4 janvier 2010

Le film

L’air de rien
Devant le cinéma
Je t'attends
Je sais bien
Que tu ne viendras pas
Je me mens
Ainsi qu'à tous ces gens
Qui font la queue
Le plus souvent
Par deux
Je souris
Fais semblant
De t’avoir aperçue
Comédie
Faire comme si
Parmi tous ces passants
Tu m’avais reconnu
Un coup d’œil à ma montre
Je joue les agacés
Et pars à ta rencontre
Tant pis pour le ciné
Tous les gens sont rentrés
Dehors, il ne reste que moi
Le film a commencé
Depuis longtemps déjà
Il est même terminé.

Comportement à risque

A la station-service
Je fais le plein d'essence
D'un coupé Mercedes
Sort une suprême métisse
A l'allure de tigresse
Dans ses yeux des flammes dansent
Elle sort une cigarette
D'un étui rouge brasier
Ainsi qu'une allumette
Qu'elle renonce à craquer
De ses mains pleines de doigts
Elle prend le pistolet
Le déroule jusqu'à moi
Et l'air un peu narquois
Me réclame un briquet
J'évalue le danger
Il est là bien réel
Tout pourrait exploser
Mais sa beauté m'appelle
Alors l'air dégagé
J'interroge mon manteau
Et d'un geste emprunté
Je dégaine un Zippo
Brusquement elle recule
Moins craintive qu'agacée
Son regard qui me brûle
Ses prunelles embrasées
Elle remonte en voiture
Fait rugir le moteur
Roule jusqu'à ma hauteur
Me lance à la figure
" T'as sûrement le sida "
Et dans son SLK
Disparaît dans l'azur.

samedi 2 janvier 2010

L'ivresse des profondeurs

...Et plonger
Très profond
Loin des tout premiers bars
De pression
S'imbiber
Sans un son
S'abîmer
Pour de bon
Trouver
Dans les tréfonds
D'une soûlerie sans nom
Comme un bel abandon
Nager
Dans la noirceur
D'une transparente torpeur
Le sang contaminé
Par les divins degrés
D'une délicieuse liqueur
Descendre tout en bas
Avec deux bouteilles vides
Depuis longtemps déjà
Plus vraiment très lucide
Les neurones euphoriques
La matière grise grisée
Par cette ébriété
Au pouvoir narcotique.

Ce qui attire

Ce qui attire
Et qui retient
Qui vient à nous séduire
Rares sont ceux qui sauraient le dire
Un zeste
D'osé
Un geste
Anodin
Un air
A dessein
Des bribes
Sorties d'une bouche
Qui balbutie
Maladroitement
Des mots jolis
Une attitude
Qui d'habitude
Nous agacerait
Mais qui là non
Nous plaît
On aimerait
Se l'expliquer
L'analyser
Tout détailler
Comprendre
Comment fonctionne
Ce qui passionne
Résonne
En nous
Et surtout
A quoi ça tient
En fait à rien.