samedi 25 décembre 2010

Liaison hantée

Plongée dans les urbaines abysses
Du parking dont le revêtement
S’amuse dans un strident supplice
A me faire tourner le volant
En quête d’intimité factice
Sur le siège passager je sens
L’agacement gagner ma complice
Ses cuisses peu à peu diminuant
L’évasure béante tentatrice
Qui sous les persifleurs crissements
Se ferme à mes paumes pleines de vice
Tandis que les rires-grésillement
Des néons raillent avec malice
Mon libidineux entêtement
A faire de l’obscur édifice
Un bordel aux chambres-emplacement
Je sens qu’à chaque sous-sol sévissent
Toujours plus les fantômes d’amants
Du municipal précipice
Où roulent depuis la nuit des temps
Les couples aux amours de coulisses.

vendredi 17 décembre 2010

Speed dating

Dans l’endroit surchauffé
Où les questions transpirent
Harassées
Par de nerveux désirs
Et d’anxieuses vanités
Aux peaux paraissant cramoisir
Je parcours les corps attablés
Dont la soif de séduire
Est régulièrement dénoncée
Par d’âcres petits rires
Gênés
Venant trahir
Chez ceux qui les laissent échapper
La peur de repartir
Aussi seuls qu’ils sont arrivés
D’autres au visage-masque de cire
Semblent au contraire immunisés
Contre tout geste pouvant nuire
A cet entretien étudié
Comme on réciterait du Shakespeare
L’air du temps à peine inspiré
Je sors du restaurant vomir
L’écœurant prêt-à-consommer
Tandis qu’à l’intérieur martyrs
Et bourreaux veillent à inhaler
L’O2 mercantile qui conspire
A totalement les asphyxier.

mardi 7 décembre 2010

Handicapé

Bras en croix
Yeux fermés
Sur le matelas
Posé
A même le sol
Alors que mon pouls malmené
A n’en plus finir dégringole
Je l’entends qui part tituber
Ivre de mon opaque alcool
En quête d’un feu pour embraser
Sa rituelle Marlboro menthol
Retour à mes côtés
Munie d’une trousse d’école
Dont elle sort de quoi refarder
Ses lèvres privées de paroles
Depuis l’âge d’être née
Ensuite saisissant par le col
Son oreille en tous points percée
Qui profitablement l’isole
De mes râles effrénés
Elle revêt ses créoles
Les anneaux semblent comme danser
A la gloire du lobe bénévole
Œuvrant pour l’organe condamné
C’est d’un geste lourd de symbole
Paume tendue pour être payée
Que la sourde et muette baby doll
Me fait réaliser
Qui dans cette histoire-parabole
Est le réel handicapé.

dimanche 28 novembre 2010

Fils de pute

J’ai grandi
N’importe où
Entre deux rendez-vous
Nourri
Au sein flétri
D’une mère qui joignait les deux bouts
A coups de passes dans des taudis
A l’intimité sans verrou
Faits de billets-bouts de brindille
Ils nous servaient de nids
Au cœur desquels d'hideux coucous
Débarquaient de jour comme de nuit
Histoire de donner quelques sous
A celle qui à genoux
Le temps d’une fastidieuse gâterie
Leur offrait de quoi fuir une vie
De pâle époux
Ou d'affectivement démuni
C’est bien sa bouche-tout-à-l’égout
Qui sans rechigner a nourri
Cette autre bouche qui devant vous
A travers cette courte élégie
Veut lui rendre hommage aujourd’hui.

lundi 18 octobre 2010

Le pacte

D’un pas léger
Elle se promène
Sillonnant les couloirs bleutés
De mes ténébreuses veines
Où stagne un sang séché
Dans l’écorce écorchée des gaines
Aux parois salement entaillées
A la hache façon tronc de chêne
Elle s’amuse à graver
Mes initiales avec les siennes
Le tout dans un cœur entouré
Lui-même d’effigies érogènes
Stigmates-vestige de son passé
Comme cet intact hymen
Qu’aussitôt fini d’esquisser
Dans un accès de triste haine
Elle vient violemment perforer
Mêlant ses cicatrices aux miennes
Sa manière à elle de sceller
Le pacte de nos A.D.N.
Aux séquences dès lors enlacées.

dimanche 17 octobre 2010

En flammes

A même le sol
Tel un charnel charnier
Les corps rissolent
Dans l’air éclaboussé
De nos particules-fumerolles
Bien avant nos membres embrasés
Rompant le protocole
Les souffles ecchymosés
Se redressent et s’accolent
Pour finalement former
Une fumante farandole
De pestilentielles phrases-cliché
Qui tour à tour s’immolent
Laissant l’atmosphère imprégnée
Des arômes de ces auréoles
Sur l’habituel drap dessinées
Tandis qu’un ange passe et survole
Nos carcasses consumées
Les libidos-lampe à pétrole
Déjà semblent se rallumer
Dans la pièce aux murs qui gondolent
A l’architecture éreintée
D’envies qui jamais ne s’étiolent.

samedi 16 octobre 2010

Le rêve

Entre deux insomnies
Je nous ai vu nager
Dans un vaste océan d’orties
La peau brûlée
Les yeux rougis
Baignant dans la félicité
D’une euphorisante agonie
Ivres de s’être léchés
Nos plaies jusqu’à la lie
Nous avons longtemps dérivé
Sur un radeau de fleurs flétries
Aux chétifs pétales tapissés
D’une poussière au goût d’eau-de-vie
De la plage aux tristes palmiers
Nous parvenaient les blancs d’ennui
De couples aux transats enlisés
Et dont les corps de crème enduits
Semblaient peu à peu s’enfoncer
Dans un sable aux grains gris uni
Ainsi s’étiraient les journées
A passer nos doigts en débris
Sur nos chairs efflanquées
Par l’amour des amants maudits.

jeudi 14 octobre 2010

L'invitation

Sous d’exigus combles haussmanniens
Elle me reçoit sans autre habit
Qu’une paire d’escarpins
Rouge vernis
S’emparant d’instinct de ma main
Et sans même qu’un seul mot soit dit
Elle m’entraîne dans l’antre où parfums
D’entêtante térébenthine
Et d’onguents africains
S’en prennent sèchement à mes narines
De denses pièces en couloirs sans fin
L’intriguant trajet se termine
Au cœur d’un boudoir noir fusain
Au sein duquel je me devine
Cerné d’innombrables bouquins
Où les névroses d'Anaïs Nin
Côtoient les affres arachnéens
D’une Louise Bourgeois dont les résines
Et autre délires plasticiens
Imprègnent l’endroit d’une patine
Au féminisme de droit divin
Alors qu’elle déboutonne mon jean
Sans décrocher ses yeux des miens
Je sens qu’en moi lentement décline
Ce qu’il me reste d’esprit sain.

mardi 12 octobre 2010

Hell’s motel

Grincement d’effraction
J’actionne anxieusement la poignée
De la porte en putréfaction
Dont gémissent les gonds assoiffés
Un décor de désolation
S’ouvre à mes pupilles effarées
Au comptoir de la réception
Une femme sans âge semble absorbée
Par l’artificielle narration
D’un roman-photo saturé
De personnages aux expressions
Et sourires hideusement figés
D’un plissement du double menton
Mon hôtesse m’invite à signer
Un registre noirci de noms
Aux sinistres sonorités
Soudain de ses haillons
Elle fait jaillir une clé
Siglée du chiffre du démon
Et me fait signe de monter
Alors qu’une brutale intuition
Me parcourt de la tête aux pieds
Une inexorable attraction
Me pousse moins de force que de gré
A gagner ma destination
Par le trou de serrure rouillé
J’entrevois des bulles de savon
Flottant dans une lumière pourprée
Soufflées par les bouches vermillon
De femmes ivres de sautiller
Sur un écarlate édredon
C’est d’une moue mollement résignée
Que je fais mon apparition
Dans la chambre aux corps par milliers
En vue d’une charnelle damnation.

vendredi 1 octobre 2010

Prémices

Étendu sur le lit
Les yeux à fixer le plafond
Je l’entends qui se déshabille
Derrière la porte du salon
Résonnent encore dans mon esprit
Ses électrisantes instructions
Entre nos deux bouches pas un bruit
Seuls quelques soupirs d’abandon
En guise d’éclairage un noir nuit
Massive Attack pour la bande-son
L’élastique de son bas résille
Qu’elle ajuste d’un geste prompt
Donne un bon indice à mon ouïe
Quant à sa proche apparition
Pendant qu’en moi l’hémorragie
D’hormones poursuit sa progression
Je perçois ses talons aiguilles
Marteler le sol à tâtons
Quand dans l’embrasure elle surgit
C’est sans accessoirisation
Autre qu’une opportune bougie
Dont son souffle a sitôt raison.

jeudi 30 septembre 2010

La salle d’attente

A peine entré dans l’immense pièce
Aux rangs de chaises à l’infini
Une lancinante odeur m’agresse
Pot-pourri
Des silencieuses douleurs
Éprouvées par les gens ici
Chacun semble attendre son heure
Ce fameux rendez-vous de vie
Dont on ressort la tête ailleurs
Le mal de finir seul guéri
Certains le visage dans les mains
Semblent une fois pour toutes s’être assis
Sur tout espoir d’entendre enfin
Résonner leur nom de famille
Entre ces murs à l’écho vain
Face à la table basse
Où s’empilent magazines
Pour apprenti pétasses
A gonflables poitrines
Et traders ruisselants de liasses
D’une blancheur androgyne
Tous esquissent une triste grimace
Se doutant déjà j’imagine
Qu’ils ne quitteront jamais leur place
Autrement que mis sous morphine.

mardi 28 septembre 2010

Virus

Planté devant la baie vitrée
De la salle d’embarquement
J’observe sur le tarmac gronder
L’immonde tas de ferraille blanc
Archibondé de passagers
Gigantesque moustique hurlant
Il se prépare à décoller
Pour aller disperser aux vents
Son chargement contaminé
Par tous les maux de l’occident
Familles nombreuses intoxiquées
Aux complexes hôteliers géants
Touristes-déséquilibré
Addicts aux pré-adolescents
Couples aux sentiments nécrosés
Et désir mutuel pourrissant
Sur la carlingue immaculée
Clignotent imperturbablement
Des lumières qui viennent indiquer
L’envol désormais imminent
De cette ambulance infestée
De la soute aux compartiments.

dimanche 26 septembre 2010

Le site de rencontre

Tel un estivant
Qui d’un doigt machinal
Fait tourner le portant
De cartes postales
En quête d’un ciel bleu
Un peu moins banal
D’un clic paresseux
Je fais défiler les visages
Aux regards vainement voluptueux
Tous paraissent comme pris en otage
Par un idéal vénéneux
D’implorants désirs de partage
Semblent scintiller dans leurs yeux
Dans un affriolant langage
Les corps prennent des poses aguicheuses
Brouillant brusquement le message
De celles qui s’aimeraient amoureuse
J’erre donc ainsi de page en page
Dans un climat de fièvre acheteuse
Pendant que sur les étalages
Viennent et vont des mains baladeuses
Et tandis qu’en moi se propage
Une avidité nauséeuse.

jeudi 23 septembre 2010

Fin de saison

Autour du feu de camp
Dont les flammes ondulent sur des troncs
Un rond d’adolescents
Fait front
Sur l’humide sable blanc
Maculé du rouge rubicond
De poétiques promesses de sang
Faites à coups de tessons
Gravées dans leurs peaux post-enfant
Sur les corps en transformation
D’agonisants
Tisons
Dans d’interminables crissements
Achèvent leur combustion
Alors que les ultimes serments
Prêtés sur du Lautréamont
Sont désintégrés par un vent
Soufflant à pleins poumons
Sur leurs idéaux pubescents
Dont dès demain les fondations
Ploieront irrémédiablement
Sous les assauts de la raison.

mercredi 8 septembre 2010

Le carrousel

De mon banc
Je la guette
Partir à rebrousse-temps
Sur l’attraction désuète
Agrippant
La barre-rênes
D’un des chevaux de bois
Dont le galop l’entraîne
Loin des panoramas
Peuplés d’une faune obscène
De mâles-oiseaux de proie
Aux ricanements de hyène
Le mécanique dada
Lentement la ramène
A ses rêves d’autrefois
Se ferment alors ses yeux-persiennes
Kaléidoscopes où elle voit
Se jouer à l’infini la scène
D’un garçon qui lui passe au doigt
Une de ces bagues de fête foraine
Au candide plastique d’apparat
Le vieux manège
Enfin se fige
Et la cavalière quitte son siège
Pour s’effondrer prise de vertiges
Alors qu’en elle volent en éclats
Ses rêves or 24 carats.

samedi 14 août 2010

Faux contact

Dans la rame bondée
Où se mélangent odeurs
De parfum bon marché
Et relents rances de sueur
Nos visions jouent à s’éviter
Tandis que sur le rail hurleur
Le wagon semble comme danser
A la lueur d’un éclairage
Au vacillant voltage
Qui par intermittence nous plonge
Dans une obscurité de songe
C’est durant ces intervalles sombres
Que je distingue en nombre
Les paillettes qui constellent
La bouche bée de la passagère
Et qui subrepticement révèlent
Les mouvements de ses maxillaires
Tandis que revient la lumière
Mes hormones encore étincellent
Des jeux de clair-obscur sensuels
De la chorégraphe carnassière
A l’approche du futur arrêt
Le métro soudain décélère
La femme-fauve s’empare du loquet
Et se mordant la lèvre lacère
Mes derniers doutes quant à lui plaire
Avant qu’elle ne fasse coulisser
Des doigts ses deux portes d’accès
J’ouvre les miennes d’un pouce pressé
Prêt à l’accoster sur le quai
Derrière le plexiglas rayé
Immobile
La belle n’a pas bougé d’un cil
Et quand le signal retentit
Sonnant la fin de la partie
C’est d’une moue de bluff scintillante
Que l’imperturbable gagnante
Ici me plante
Pour regagner l’artificielle
Nuit du tunnel.

vendredi 13 août 2010

La nageuse

Alors qu’elle enchaîne les longueurs
Je la suis du regard
En mode sniper
Sur le plongeoir
Coupant finalement les moteurs
Elle va s’asseoir
Sur le rebord couleur
Ivoire
Et là sous mes yeux-mirador
De ses doigts-nageoires
Elle essore
Sa chevelure trempée
D’où le chlore
Coule et vient perler
Sur son corps
Aux lignes fuselées
Style hors-bord
Trop occupé
A percer les mystères
De son maillot mouillé
Lequel effrontément enserre
Sa poitrine-obusier
Je passe à découvert
Et l’épiée
Me repère
Ma position coulée
Par ses pupilles-torpilles
Je songe à décamper
Quand d’un index plus qu’explicite
La sirène espionnée m’invite
A la suivre dans les vestiaires
Pour livrer une tout autre guerre.

samedi 7 août 2010

America

Du brûlant bitume
De la Cinquième Avenue émanent
De nocives vapeurs d’amertume
Silencieusement elles enrubannent
Le rêve américain-coutume
Des âmes en peine de Manhattan
Qu’ensuite façon serpent à plumes
Elles asphyxient de leurs corps-liane
Dans sa combinaison-costume
Un businessman
Du haut de son gratte-ciel ricane
Inspire insolemment et hume
Derrière ses masque à gaz-Ray-Ban
Le fumet d’or noir qui parfume
La grosse pomme à peau qui se fane
Réduite à l’état de légume
Pareille à un mourant Havane
De l’intérieur elle se consume
A coups d’holdings-JPMorgan
Et de marées noires dont l’écume
S’élève et perpétuellement plane
Sur l’île telle une funèbre brume.

dimanche 1 août 2010

Erostar

A peine le train entré en gare
Sur le quai quasi-désert
Préliminaires
Prémonitoires
De nos regards
Qui croisent le fer
Dans la voiture-première
A la faveur d’un bel hasard
Nos corps se retrouvent à côté
S’engage alors sur l’accoudoir
Un ballet de bras effleurés
De doigts qui tâtonnent et s’égarent
Dans une piquante promiscuité
Un assoupissement illusoire
Nous accorde toute impunité
Pour nous adonner dans le noir
A des caresses-acte manqué
C’est dans ce sommeil synthétique
Et au son hypnotique
Du ronron des roues sur les rails
Que quelque part sous l’Atlantique
Nos deux intimités tressaillent.

Démantèlement

Au fur et à mesure
Que s’entassent
Dans le cendrier-sépulture
Les mégots-carcasse
De celle qui peu à peu me glace
De par sa répartie-torture
Je sens mes phrases qui se fissurent
Que le moindre mot se fracasse
Contre son mur
D’abrupte audace
De dominante désinvolture
Truffant ses questions de crevasses
Elle fait s’effondrer les structures
De mes réponses les plus coriaces
Jusqu’à transpercer l’armature
De mon argumentaire-cuirasse
C’est via l’écrasement-signature
D’une dernière cigarette qu’elle classe
Mon dossier dans le genre parjure
Et qu’elle entérine ma disgrâce
M’intimant pour conclure
D’immédiatement quitter la place.

vendredi 30 juillet 2010

L'orage

Dissimulé derrière
Le verre
De la vitre de ma portière
Qu’une pluie providentielle bombarde
Je la regarde
Altière
Son parapluie-paratonnerre
L’abritant des célestes hallebardes
Elle se refarde
Les paupières
Dans la lumière
Blafarde
Du fidèle réverbère
Qui depuis toujours monte la garde
Devant la grille de fer
De sa résidence banlieusarde
Soudainement comme si c’était hier
Je la revois qui s’avance
Dans le faisceau de mes phares
Non sans cette nonchalance
Qui laissait mes cinq sens
Hagards
Sorti sans ménagement
De ma fantomatique rêverie
Par le rauque rugissement
D’un moteur made in Italy
Je reprends mes esprits
A temps
Pour la voir s’engouffrer
Dans le bolide bruyant
A la lueur syncopée
D’un électrique arc blanc
Et l’instant d’après s’effacer
Sous un ciel à feu et à sang.

mercredi 28 juillet 2010

Warning

Sur mon canapé blanc banquise
La soirée part à la dérive
Tandis que ma trop jeune convive
Plus affalée qu’assise
Sans discontinuer s’alcoolise
Et se gave en olives
Sa lucidité s’amenuise
Et bientôt
Je l’observe ivre morte
Chercher péniblement ses mots
Comme saoule devant sa porte
Sans trouver son trousseau
Elle retire tout à coup le haut
Découvrant sa parfaite poitrine
Et m’annonce d’une diction-chaos
Que les verres de Dry Gin
A cet instant précis imbibent
Ses derniers sursauts de conscience
Avant même qu’elle exhibe
Ce qu’il lui reste d’innocence
Pris d’un réflexe de survie
Je la rhabille dans l’urgence
Et lui commande un taxi.

lundi 26 juillet 2010

La machine à écrire

Mourante
Elle gît sur le trottoir-étal
D’une obscure brocante
Provinciale
Entre un gramophone délabré
Au bras de métal
Mutilé
Envieux d’émettre un dernier râle
Et une bancale
Carcasse de grille
Au fer forgé à l’agonie
Intrigué
Par la vieille Remington
Aux trois-quarts des tiges amputées
De leur bloc de voyelle-consonne
Grièvement criblée
De rayures
Et à la peinture
Écaillée
J’en propose bien plus qu’elle n’en vaut
Au propriétaire pétrifié
Qui sur un ton embarrassé
Me l’adjuge aussitôt
Arguant d’un rictus édenté
Qu’elle n’a pas dit son dernier mot
A peine à moi
La moribonde machine
Se convulsionne une dernière fois
Avant que son rouleau en ruine
Ne rende les armes entre mes bras.

mardi 20 juillet 2010

Lavomatic

Je pousse la porte
D’un geste gauche
En blanc t-shirt et mini-short
Elle est là qui chevauche
Une des bruyantes machines
Dont la puissante turbine
Imperceptiblement anime
Son vibrant bassin
Qui s’exprime
Au rythme d’infimes
Va-et-vient
Sitôt mon programme enclenché
Ses yeux délaissent son magazine
Pour venir m’affronter
Dans un jeu d’œillades
Assassines
Envieuse de porter l’estocade
D’un fatidique frottement de jean
La cavalière vient décroiser
Ses armes longilignes
Pour m’assener
En pleine rétine
La vue du hublot détrempé.

lundi 19 juillet 2010

Vie, mort, etc.

Alors qu’elle dort
Depuis plus d’un an déjà
Sous un parterre multicolore
Marqué d’une croix
Me revoilà
Chez elle en plein décor
Couleur Sépia
Dans son grenier sur des gravats
Gris météore
Recouverts d’un fin drap
Deux vieux fauteuils de cinéma
Trésors
De l’époque du Technicolor
Joignant leurs accoudoirs en bois
Ceux-ci m’implorent
De prendre place une dernière fois
Entre leurs bras
Me promettant tout le confort
De leur antique tissu grenat
Douloureuse métaphore
De celle qui autrefois
M’aurait fait des ponts d’or
Pour m’avoir le temps d’un repas
En colère contre moi
Je ressors
De l’endroit
Aussitôt mes remords
Passent de vie à trépas.

mercredi 14 juillet 2010

Contagion

Suintants serrages
De mains
Dans l’air vicié du vernissage
Au son du tintement cristallin
De coupes au champagne d’usage
Que bulle après bulle j’ingurgite
Tandis qu’en continu transitent
De doigts en doigts
D’infectieuses cartes de visite
Porteuses du germe Parisianite
Et autres puants parasites
Qui se répandent à tour de bras
Au fil de la futile soirée
Je sens qu’en moi
La mondaine maladie
Se propage à vitesse V
Frivolise mes phrases-franc-parler
Progressivement les ramollit
Jusqu’entièrement les infester
Une heure plus tard
Contaminé
J’accepte avec tous les égards
D’échanger mes coordonnées.

samedi 10 juillet 2010

La décision

Ambiance adolescente
Chez la Lolita étudiante
Où dans la chambre rose bonbon
Des peluches à surnom
Côtoient sur l’édredon
Une paire de socquettes inquiétantes
Dans les yeux d’un ourson
Une dérangeante lueur
Paraît me prévenir
Du caractère clairement mineur
Du lieu à la criante candeur
Que je viens d’investir
Contre la tête de lit
Des coussins-cœur
Couleur candy
Au rembourrage rieur
Me toisent d’un air-flagrant délit
Sur l’unique mur blanc sucre glace
La silhouette d’une femme-sticker
Aux bijoux-autocollants strass
Valide ma crainte majeure
Soudain deux jeunes mains baladeuses
Par derrière
Viennent faire taire
Tout soupçon
Poussant ma libido songeuse
A prendre une douteuse décision.

vendredi 9 juillet 2010

Angoisse urbaine

Figé sur le cuir simili
De la banquette craquelée
Du taxi
Dont la radio grésille
La mélancolie surannée
D’Initials B.B.
J’observe dans le noir scintiller
Les lumières de Paris
Qui telle une gisante galaxie
A la poussiéreuse agonie
Paraît sur le point d’exploser
De part et d’autre du périph’
Des logos-hiéroglyphe
Bariolés
Façon tapin demi-tarif
Surplombent en lettres capitales
Des buildings érigés
Sur un sol sale
Spéculatif
A la gloire d’hommes pressés
D’atteindre les étoiles
C’est avec le pressentiment
D’un suicide astral
Collectif
Imminent
Et au son du violon final
De Gainsbourg et ses initiales
Que je claque d’un geste brutal
La portière de métal massif
Pour revenir à la normale.

mercredi 7 juillet 2010

Purge

Adossé
Au mur
De ma salle de douche
Je laisse l’eau bouillante s’écouler
Sur ma peau jusqu’à la brûlure
Réduire ces tenaces traces de bouche
En cendres-éclaboussure
D’une salutaire courbure
Je passe le pommeau-tisonnier
Dans mon dos lacéré
De rougeoyantes griffures
Laissant le liquide s’infiltrer
Dans les ardentes rainures
Souillées
D’un jet glacé
J’asperge ensuite ma chevelure
A l’odeur imprégnée
D’ « Allure »
Jusqu’à ressentir la froidure
M’anesthésier
La moindre nervure
C’est l’épiderme calciné
Les doigts constellés d’engelures
Que je quitte la cabine embuée
Pour partir me coucher
Enfin pur.

mardi 6 juillet 2010

Le journal

J’ai laissé là
Sur un banc
De bois
Brûlant
Notre intime sarcophage
Contenant hors d’âge
Hommage
Aux relations d’un autre temps
Tes inspirantes images
Et autres affriolants
Griffonnages
Torrides clichés-mirage
Au grain récalcitrant
Mes écrits-répondant
Témoignage
Noir sur blanc
De mon fertile penchant
Pour ton affolant fuselage
Courbes-ravage
Dont l’espace d’un instant
Je me voyais creusant
Le sillage
Au moment de laisser le vent
Décider du sort de l’ouvrage
Comme un sécurisant message
Le marque-page
Couleur rouge sang
Se dresse tel un gracieux serpent
Pour retomber sans un bruissement.

dimanche 4 juillet 2010

Malentendu

Plein été
De nuit dans une rue
Désertée
Des beaux quartiers
Je frôle le tissu
Enfiévré
D’une incandescente inconnue
A peine l’ai-je dépassé
Qu’à coups de mots-massue
La maligne ingénue
D’un ton surjoué
Savoureusement outré
Vient me rappeler
Les rudiments premiers
De la vertu
Sa perche sitôt tendue
D’un air faussement mal assuré
Délicieusement confus
Je fonds sur ses lèvres charnues
Et d’un baiser
De fil blanc cousu
M’emploie à lui faire oublier
La bonne tenue
Dont je viens de manquer
D’une main tendue
Je l’invite à entrer
Dans le hall exigu
De l’immeuble à côté
Bien résolu
A dissiper
Tout malentendu.

mercredi 12 mai 2010

Vestiges

J’ouvre un œil
Partiel
Sous un ciel
Chargé
Comme en deuil
De l’étreinte
Défunte
De la nuit passée
Sur les lattes
De bois exotique
Tels de sensuels stigmates
Nos charnelles reliques
Jetées à la hâte
S’amoncèlent
Pêle-mêle
Une barrette strassée
Au plastique trempé
De nos sudations mêlées
Une boucle Bulgari
Au fermoir
Enfoui
Dans les limbes-rôtissoire
Du lit
Les tessons épars
De nos flûtes gorgées
De l’or d’un Ruinart
Sur nos peaux saupoudré
D’encombrant boutons
De manchette Lalique
Arrachés sans façon
Obstacles esthétiques
A nos errances érotiques
Enfin sur le verre-narcisse
De la glace
Du lipstick la trace
Un écarlate 06.

vendredi 7 mai 2010

L’exclusive

Dans l’atelier d’artiste
Au sol jonché
De nus criblés de kystes
Elle pose lascive
Pour son peintre pathologiste
Dont elle aime se savoir captive
A jamais
Du tumoral trait
Lui seul sait
La vive douleur de son secret
Une timidité maladive
Prude à l’excès
Elle en a fait
L’unique détenteur de l’accès
A la blancheur qui la revêt
Aux deux lourdes ogives
Que chastement elle tait
Sous d’informes gilets
Ainsi qu’à l’excessive
Cambrure qu’elle scelle dans un corset
Mais sous cette pudique peau de lait
Qui depuis trop longtemps la prive
De tout acte concret
Elle se l’avoue rien ne lui plaît
Plus que l’idée jouissive
De se rendre exclusive
A l’homme derrière le chevalet.

jeudi 6 mai 2010

Game Over

Elle déboule pile à l’heure
Pour sa rituelle partie
De flipper
Ses deux jolis bumpers
Royalement rebondis
Moulés dans un cache-cœur
Façon Tex Avery
Vainqueurs toutes catégories
Du tilt destructeur
Annonciateur d’arrêt moteur
Chez les joueurs les plus aguerris
Alors que le fronton scintille
Que les flips passent un sale quart d’heure
Et que les drop targets vacillent
La belle gémit
Ondule de bonne humeur
Dans sa mini
Couleur du métal de la bille
A la vue du compteur
Dont le high score encore grossit
Moi le mateur
Sur la vitre avachi
Je joue l’amateur ébloui
Jusqu’à soudain être trahi
Par le reflet dénonciateur
Du plexi protecteur
Je croise le regard de la fille
Dont le khôl habille l'œil rageur
Et qui d’une électrique lueur
Me signifie
Game over.

lundi 3 mai 2010

Le choix de Sophie

Fin de partie
Nos jambes en l’air
Retombent sur le lit
Dans un silence pubère
Flottement maladroit
Frôlement gauche des chairs
Mordillements de doigts
De ma partenaire
En proie
Aux affres hors-la-loi
De l’aventurière
Et aux aléas
Des vies adultères
La tête sous le drap
Antichambre amère
De son désarroi
Prise en étau
Entre remords
A s’en rendre marteau
Et le lascif fléau
Qui la tenaille au corps
Pilonne sa libido
Et lubrique lui implore
Un ultime assaut
Sensation
De souffle chaud
Et brève ondulation
Sous le tissu
De coton
Sa vertu
Vient de plier pour de bon.

vendredi 30 avril 2010

Anesthésie générale

Dans les bars
Aux volutes évincés
Désirs hagards
Et ardeurs atrophiées
Se frôlent
Sans jamais se toucher
Avec sur leur épaules
Nues, chloroformées
Des arômes atones
De parfums éventés
Aux atomes aphones
De s’être époumonés
A stimuler des sens
Toujours plus assoiffés
A combler des carences
De fragrances longue durée
Aux relents tenaces
C’est dans cette atmosphère
De senteurs somnifères
Que s’entasse
Effréné
Un monde déliquescent
Qui n’a de cesse d’humer
L’air inodore ambiant.

mercredi 28 avril 2010

Séparation

Dans l’air saturé du studio
Nos bouches à bout de souffle s’épuisent
D’avoir montré, planté les crocs
Les langues déshydratées lâchent prise
Sont au bord du double K.O.
Des gouttes furieuses
Soudain cognent à l’unique carreau
Envieuses
De perler sur nos peaux
D’enfin détremper nos visages
Fardés d’abnégation
Nous délivrer du maquillage
Grimant nos complexions
Noyer les lâches preneurs d’otage
Attachement affection
Passer sur nos crues de langage
Comme de l’eau sous les ponts
Dans un fracas libérateur
La vitre plie sous les grêlons
Chacun déglutit ses rancœurs
Et reprend sa respiration
Sur nos joues des coulées de pleurs
Consacrent une belle séparation.

lundi 26 avril 2010

Lou

Comme ces anorexiques
Aux fulgurantes fringales
Lou est une boulimique
D’hormones mâles
Sidérale sexoolique
Addict aux liqueurs séminales
Elle aime cet état névrotique
De frénésie phallique
Durant lequel
Elle s’intoxique
Du fiel
Gorgé d’acide citrique
De ses partenaires anonymes
Trouvés accoudés aux comptoirs
Des bars à boire
De mauvais millésimes
Elle les aime bien gentils loosers
Amants passifs
Inoffensifs fornicateurs
Surtout vifs éjaculateurs
Qu’au sang elle griffe
Et c’est toujours sans nul remord
Qu’elle les essore
Les vide de leur substance
Livide semence
A laquelle Lou avoue
D’une timide moue
Son avide dépendance.

mardi 20 avril 2010

Collage

Au fur
Et à mesure
Que nos textures
Se juxtaposent
Jusqu’à l’osmose
Les frontières
De nos matières
Grises
Et de chair
S’amenuisent
Pour qu’enfin se matérialise
Ce collage
Sur lequel les images
De nos tissus en nage
Prennent vie
Peu à peu se démultiplient
Jusqu’au total déferlement
De nos corps sur ce carré blanc
Dans un ultime râle
J’enduis la toile
Teintée d’une blondeur vénitienne
Humectée d’une sueur érogène
Mais encore bien trop vierge
De la cire brûlante de mon cierge
Alors que dans un spasme immense
Ma partenaire explose
Et y appose
Un peu de son essence.

lundi 19 avril 2010

L'échelle d'Emmanuelle

Tremblements
Somatiques
Certitudes
Mises à mal
Battements
Physiologiques
Magnitude
Maximale
Dans les tréfonds
De mon bas-ventre
De démon
A l’épicentre
Aride
Depuis trop longtemps vide
De ces trépidations
Qui font bouger les plaques
Figées de ma raison
Crouler les fondations
D’indifférence qui craquent
Et savamment détraquent
Les tièdes conditions
Sentimento-logiques
Régnant dans les régions
Alentours désertiques
De ma cage thoracique
Sur son échelle
Emmanuelle
Continue sa montée
Et moi d’être classé
Catastrophe corporelle.

vendredi 16 avril 2010

Elo's Manifesto

A coups
De dessous
Couleur Smarties
La fille à la Smart grise
Joue
Les insoumises
Avec mes goûts
Du shorty rouge cerise
Dont elle pare son bonbon
Au bandeau jaune citron
Qu’elle passe sous sa chemise
Elle se fait friandise
Pulvérise
Pour de bon
Ma classique gourmandise
Aux oubliettes remise
Mes tissus-tradition
Et me familiarise
Aux vertus du coton
Qu’elle intronise
D’un ton
Sans objection permise
Gardien de son vallon
De sa fève Tonka
Tanga
Marron moka
Caraco
Cacao
Ou boxer beige nougat
Les dessus suaves
De cette princesse aux pieds nus
Savent
Mieux qu’aucune autre fièvre
A ses lèvres
Me laisser suspendu.

jeudi 15 avril 2010

Duel

Dos à dos
Rivaux recto verso
Pour règlement de comptes en cieux sentimentaux

Pas à pas
Chacun dans son sens va
Faisant crisser sous lui les ultimes gravats

Face à face
Nos ombres s’entrelacent
Tout à coup les balles sifflent et nos regards se glacent

Corps à corps
Synchrones jusqu’à la mort
Alors que d’Est en Ouest sombre notre décor.

mercredi 14 avril 2010

Résurgence

Au détour
D’une descente
A la tombée du jour
Chez une de ces amantes
Que j’honore sans amour
Je me retrouve à rouler
A contresens
Dans le quartier
De mon enfance
Je croise un gosse
Sur son vélo
Qui d’un regard féroce
Me lance « T’es pas réglo
T’avais promis !
Quelque chose de joli… »
Au feu suivant
Je tente un demi-tour
Pour rattraper l’enfant
Aux boucles de velours
Mais rien à faire
Ses yeux rieurs
Colères
En pleurs
Sont déjà loin
En sens contraire
Je reprends mon chemin.

mardi 23 février 2010

Chez Raspoutine

Des heures que je griffonne
Dans mon restau cantine
Au son du blabla blond platine
Et des glapissements mégaphone
De mes Gala-Voici voisines
Elles pérorent sur Paris Hilton
Pendant qu’impuissant je piétine
Tâtonne
M’obstine
Et casse des mines
Sur les intercalaires pantone
De mon Moleskine
Toujours en quête d’une belladone
Pour inspirer mon héroïne
Je monte jusqu’à la mezzanine
En m’imaginant Babylone
Et ses jardins de fleurs divines
Mais là-haut rien que des gorgones
A la paire d’implants qui pigeonne
Au mascara qui dégouline
Et leurs narines
Qu’elles badigeonnent
De coc’ à coups d’AmEx platin’
Un peu paf j’abandonne
L’antre des poufs rupines
Direction la rue Lord Byron
Où m’attend ma bonne
Vieille Austin
Alors que je clopine
Marmonne
Rumine
Mon Arlésienne Madone
Une soudaine limousine
Me cartonne.

lundi 22 février 2010

Boîte noire

Scénar’
En or
Pour polar
Sans temps morts
J’avais pondu l’histoire
Entre soir
Et aurore
A coups de café noir
Me manquait juste encore
Un des personnages phare
Une Eve à concevoir
Alors
J’ouvrais les stores
De mon immonde mémoire
En quête d’une muse-renfort
Dans l’obscur lupanar
Je découvrais les corps
De partenaires d’un soir
Aux bouches souillées du chlore
Extirpé de mon dard
Pris de nausées-remord
Et d'un désir hagard
Je refermais dare-dare
Un à un les tiroirs
Et quittais ce décor
De souvenirs blafards
Sans mon égérie rare.

vendredi 19 février 2010

Victoria’s Secret

Sur sa peau nulle
Trace de bretelle
Et sous son pull
Pas plus de dentelle
Que de tulle
Hostile
A tout textile
Entre elle et son 3 fils
Pour ses dessous elle ne se bile
Pas
Plus en haut qu’en bas
Son jean Levi’s
Elle ne l’aime
Qu’à même
Le pubis
Sans voir le vice
Shorty guêpière
Bustier boxer
Tout ça l’enserre
Sans parler du string qui lacère
Ses petites paires
Lèvres et fesses
Pas un jour sans qu’elle ne les laisse
Prendre l’air
Sa chair
Sans fards
Victoria n’en fait pas mystère
Et c’est sans doute ça quelque part
Qui mieux qu’un quelconque accessoire
La met plus qu’une autre en lumière.

vendredi 12 février 2010

Amsterdam

Dans le Red Light District
Quartier des sex addict
J'arpente les rues étroites
Pareilles à des fentes moites
Où suintent les désirs
Je promène mon regard
Sur les visages de cire
Aux maquillages criards
Je vais d'échoppes en bouges
De rideaux en cabines
Où sous les néons rouges
Se démènent des poitrines
Pour charmer mon serpent
Aux sonnettes d'argent
Pendant ces films muets
Aux sordides mises en scène
J'aperçois mon reflet
Et des flashs me reviennent
D'immenses vitrines de jouets
Moi devant fasciné
Par la chair couleur craie
Des poupées disposées
Et les mots qui disaient
Fragile - ne pas toucher
Tarifs - nous demander.

dimanche 7 février 2010

Naples

Bar italien
Chaleur d'étuve
Un jour de Juin
Alors que je m’abreuve
La vue sur le Vésuve
Un fleuve
D’effluves
Me vient
Cigarette à la main
Une femme fait éruption
Volcan napolitain
De la lave en fusion
Sur talons Louboutin
Pure intoxication
Des parfums qu’elle exhale
Par son cratère carmin
Nocive inhalation
De ses émanations
Dans mes bronches mises à mal
Que son souffle dévale
Courant à pleins poumons
Moins mamma italienne
Que magma fumigène
Quand elle sort de la salle
Dans son sillage voltigent
Des braises phéromonales
Et sur ma cuisse se fige
Une coulée séminale.

vendredi 5 février 2010

Bijou, cou, genou…

Les hommes veulent les genoux
Des femmes autour du cou
Elles autour du leurs préfèrent des bijoux

Les femmes veulent un bijou
D’homme qui pose un genou
A terre pour lui passer la corde aux cou

Les hommes sont à genoux
Pour avoir à leur cou
Une femme quitte à lui payer des bijoux

Les femmes prennent à leur cou
Leurs jambes jusqu’aux genoux
Quand l’homme ne veut plus payer de bijoux.

Dégât

J’ai toujours été l’adversaire
Bien plus que le partenaire
De celles qui m’ont fréquenté

J’ai longtemps préféré leur faire
L’amour comme on fait la guerre
Sans qu’elles y soient préparées

J’appartiens au genre de ceux
Qui partent en mettant le feu
Sans jamais se retourner
N’abandonnant derrière eux
Rien que de la chair brûlée

J’ai pas choisi de faire carrière
Dans les relations amères
J’y fus de force enrôlé

Par un franc-tireur insincère
Qui par le col de ma mère
Passa voilà des années

J’appartiens au genre de ceux
Que l’on assume comme on peut
Qu’on aimerait oublier
Et dont on lit dans les yeux
L’envie de n’être pas né.

mercredi 3 février 2010

Mile High Club

Haut dans les airs
Seul en première
Un peu pompette
Je compte les bulles
De mon Moët
Sur la tablette
Où s’accumulent
Assiettes
Pilules
Et mignonnettes
Soudain mon lit-fauteuil bascule
J’entends qu’on détache ma seat belt
J’ouvre mes mirettes
Minuscules
Lourdes de trop de liquorettes
Pour apercevoir incrédule
Deux interminables gambettes
M’enserrer tels des tentacules
Pour une partie de galipettes
En même temps que l’hôtesse ondule
Elle articule
D’une voix très nette
Les consignes du fascicule
Qu’elle récite quand elle gesticule
Un peu partout sur la planète
Avant l’envol du véhicule
Alors qu’elle remonte sa jupette
Le hublot m’offre un crépuscule
Digne des paroles d’un prophète
Car à l’instant elle m’inocule
Le mal aux lettres majuscules.

mardi 2 février 2010

Acte sexuel

A l’entracte
Des yeux
Elle me contacte
Impact
Et pas qu’un peu
Dans mon jean se contracte
Mon membre désireux
On scelle en moins de deux
Un pacte
Silencieux
Nos tentations nous tractent
Jusqu’aux toilettes messieurs
Désirs autodidactes
Car sans même que
L’on jacte
Nos langues forment un nœud
Je la retourne sans tact
Contre la faïence bleue
L’honore d’à-coups compacts
Mes deux mains dans ses creux
Jusqu’à gagner l’exacte
Extase de notre jeu
Nos couvertures intactes
Nous regagnons les lieux
A temps pour l’acte
Deux.

dimanche 31 janvier 2010

Violation

Alors même que j’enfonce
Sans faire la moindre annonce
Au plus étroit
Ma ronce
Dans le miroir je vois
Sur ton visage une once
D’irrépressible effroi
Les sourcils que tu fronces
Ta bouche bée qui se bat
Et finalement prononce
Beaucoup moins qu’elle n’aboie
Un assourdissant ha
Ta retenue renonce
A user de ses droits
Alors que pas à pas
Lentement je dénonce
Tes instincts les plus bas
Que la vertu engonce
Et sur un ton narquois
Distinctement j’énonce
La sinistre semonce
Connue des hommes de loi
Qui n’appelle en réponse
Qu’un consentement sans voix
Tout ce que tu crieras
Pourra être et sera
Retenu contre toi.

mercredi 27 janvier 2010

Ambre

Dans le fond de mon verre
Je regarde tomber
Comme une pluie salutaire
Mon eau tiède salée
Et j'observe onduler
Le liquide délétère
Aux teintes fauves ambrées
Qu'à minutieuses gorgées
Religieusement j'ingère
Quelques glaçons gelés
D'un opaque blanc polaire
Polis par les degrés
De mon poison malté
Semblent danser sur l'air
De la musique jouée
Par mes auriculaires
Sur les parois glacées
Renfermant cette mer
Aux couleurs de l'enfer
Telle un Styx doré
Nostalgie mortifère
Tristesse alcoolisée
Ce soir Ambre ma chère
Je noie à ta santé
Mes démons adultères
Dans ces flots distillés.

mardi 26 janvier 2010

Si tu savais

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
Les piqûres sur mon parquet
Meurtri
Qu’infligeait chaque pas
De tes talons aiguilles

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
Les crèmes de corps par paquets
Mes cris
Quand hurlant d’effroi
J’en découvrais le prix

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
La brume d’oreiller sur taies
De lit
Ta façon pour moi
D’endormir l’insomnie

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici
Les copines qui débarquaient
La nuit
Pleuraient dans tes bras
Pour une histoire de filles

Si tu savais
Comme ça manque de toi
Ici

Comme ça manque de vie.

lundi 25 janvier 2010

Petite mort

Le remord
Me dévore
Quand je laisse éclore
Le chlore
Hors
De mon corps
Qu’il sort
Au dehors
Dans l’hor-
-reur de l’aurore
Alors
Que je me tords
Mini météores
Juniors
Qui s’ignorent
Conquistadors
De la déflor’
Tout cet or
Incolore
Qui lentement s’évapore
Sur chacun de mes pores
Blanc trésor
Dont je déplore
Le sort
Étendu je m'endors
Dans cet aqueux décor
Petite mort.

vendredi 22 janvier 2010

La tsigane

De son occulte
Orifice
Elle sculpte
Esquisse
Affûte
Et tisse
Via ses volutes
Envolés
Mon futur tout tracé
Courbé
Des seins énormes
Émanent
Se forment
Aussitôt fanent
Les silhouettes diaphanes
De femmes en uniforme
D’obscures danseuses gitanes
S’animent et se rendorment
La bouche extralucide
De ma fumeuse voyante
Se dilate et me guide
De présages translucides
En augures inquiétantes
La séance terminée
Alors même qu’elle éteint
Dans la paume de sa main
Aux traits parcheminés
Le mégot magicien
Un fantôme de fumée
Vient former le mot FIN.

jeudi 21 janvier 2010

L'exécution

Rendez-vous dans un bar
A sa table attitrée
Pour interrogatoire
Musclé
Elle veut me voir
Plier
Me faire jurer
Cracher
Rien que la vérité
Je m’affale
Victime
En fond de salle
Réclame
Un millésime
Infâme
Elle arrive
Sublime
Définitive
Dans l’air lourd
Carcéral
Flotte un parfum de cour
Martiale
Une fragrance de potence
D’un débit
Mitraillette
Elle énumère
Mes délits de braguette
Coups de gâchette
Dans le détail récite
Mes illicites coïts
Illégitimes étreintes
Fidélité enfreinte
Fornicateur défait
Je reconnais en pleurs
Les faits
Dans un silence de mort
Elle m’accorde un sursis
Puis sort
De son Kelly
Un Rimmel couleur noir
Terril
Dont elle charge ses cils
Et d’une salve oculaire
Meurtrière
Me fusille du regard.

mardi 19 janvier 2010

Mal de mère

Début d’après-midi
Senteurs de crème solaire
La voilà qui surgit
En maillot ordinaire
Son marmot à la main
Le regard cache-misère
Envolé vers le loin
Ses yeux n’en pensent pas moins
Le mari suit derrière
Pâle porteur de serviettes
Sourd aux grains qui gangrènent
La santé-porcelaine
De son ménage en miettes
Elle réfléchit tout bas
De l’eau jusqu’à mi-cuisses
Qu’est-ce qui la retient là
Sinon ce foutu fils
Il suffirait d’un geste
Malheureux
Qu’enfin elle s’en déleste
Dans l’eau bleue
Tout à coup cri d’effroi
Le bambin crève
De froid
Déjà la fin du rêve
Porter le petit poids
Jusqu’à la terre
Ferme
Qu’enfin il la
Ferme
Le vent se lève
Venant siffler
La fin de trêve
Et répand la rumeur
D'une soirée sans chaleur
Dans la nuit la marée
Impassible
Continue sa montée
Invisible.

lundi 18 janvier 2010

Fausse route

Pris d'un doute
J'ai fui
Pris la route
De nuit
Dans mon abri
Anti-trombes
Je roule au ralenti
Alors qu'il tombe
Des bombes
De pluie
Apparition
Elle surgit
Dans mon champ de vision
Transie
Le pouce en érection
Durci
Dans sa main gauche un carton
Destination ramollie
Lamentations
Les lettres pleurent un lieu-dit
Je décélère
Pas décidé
Soudain l'éclat d'un éclair
Me décide à stopper
Lumière
Sous son t-shirt
Trempé
Ses tétons flirtent
Pointés
Avec mes yeux rivés
La voilà qui s'avance
Potentielle passagère
Vers la portière
Ses pupilles noires me lancent
Un regard amusé
Et dans le bruit des gouttes
Derrière la vitre embuée
Je l'entends chuchoter
" Fausse route
Vous devriez rentrer. "

dimanche 17 janvier 2010

C'est l'histoire...

C'est l'histoire
Qu'on s'était promis
Juste pour la nuit
Une étreinte
Éphémère
Sans contraintes
Derrière
Faire taire
Enfin
Nos chairs
En chien
A coups
De reins
Plus tard le matin
Faire comme si
De rien
Mais
Là pour quelques heures
Mêler sels et sueurs
Le temps d'un à-deux
Laisser les regards
Se bouffer des yeux
Devenir miroirs
S'enivrer
Sombrer dans la lie
Des râles échappés
Des sons qu'on gémit
Déraper
Prendre un faux départ
Des années trop tard
Frôler le gâchis
D'une amitié rare
C'est l'histoire
D'un soir.

vendredi 15 janvier 2010

Dans mon coffre à jouets

Une drôle de poupée
Trouvée dans les bois
Les seins fatigués
Des trous dans les bras
Un service à thé
Pour shots Zubrowka
Aux tasses constellées
De tâches de tabac
Toute une collection
De jolies chansons
Qui parlent d'amour
En 45 tours
Mais dont les sillons
Grésillent pour toujours
Un livre d'images
Plutôt colorées
A la double page
Toute ensemencée
Bien sur des ballons
Pour faire des bêtises
Avec précaution
Goût banane-cerise
Et puis une photo
Aux couleurs passées
De moi bien plus tôt
Qui pose en duo
L'air enamouré
Sur une vieille moto.

jeudi 14 janvier 2010

La catin

Tremblant
Transi
Je l'attends
Assis
Au téléphone
On s'est tout dit
D'un ton atone
Mon envie
Phallique
Ses prix
Ses pratiques
Je l'entends
Déjà
Faire semblant
Je la vois
D'ici
S'agiter
Oh oui
Simuler
Son plaisir
Se cambrer
Sans désir
Succomber
Pour de faux
Et rhabiller
Sa peau
Soudainement
Ça sonne
Semonce
L'interphone
Résonne
L'annonce
Elle fait son entrée
Le sourire rôdé
Ses mains
Mécaniques
Ont faim
De mon fric
Je lui donne
Ce qu'elle veut
Elle s'étonne
De mon vœu
Qu'elle rebrousse
Chemin
Qu'elle retourne
D'où elle vient
La catin.

mardi 12 janvier 2010

L'amour à 3

Souvent la vie
Fait bien mal les choses
On ne choisit
Que ce qu'elle nous impose
Comme cette envie
D'aller cueillir la rose

De notre meilleur ami

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux n'a
Pas le bon numéro

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux doit
S'effacer sans un mot

Entre attirance
Et culpabilité
On se balance
La conscience rongée
Des conséquences
D'un choix mal assumé

Un peu trop lourd à porter

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux n'a
Pas choisi celle qu'il faut

L'amour à trois
C'est un de trop
L'un des deux doit
Faire tomber le rideau

Évidemment
On finit par craquer
Ami-amant
Vie de duplicité
Drogue-gin-calmants
Pour nous faire oublier

Trio parti pour durer.

lundi 11 janvier 2010

Mélanie

Vautour
Mélanie vient tourner
Autour
De mon corps allongé

Elle court
Son collant effilé
Retour
Vers ses soeurs de lycée

Tambour
Dans mon corps relevé
Parcours
Vers leur groupe amusé

Bonjour
D'un air mal assuré
Détour
Par des civilités

D'amour
On en vient à parler
Séjour
En terres sèches et brûlées

Y'a cours
L'une vient à s'écrier
Bravoure
Il me rester à oser

Recours
A la fatalité
Un jour
A sa majorité.

Les mines du nouveau millénaire

Asphalte et lignes blanches
Circuits embouteillés
Comme avant tout s’enclenche
Et commencent les journées

Le téléphone qu’on branche
La radio allumée
De l’air chaud vers les hanches
Et la clim’ en été

Esclaves de leur confort
Les hommes des temps modernes
Vont creuser pour de l’or
Sous leurs yeux quelques cernes

Ils y vont pour extraire

Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, résignés solidaires
Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, désormais solitaires

Hier c’était des wagons
La suie, des éraflures
Qui leurs striaient le front
Aujourd’hui des voitures

Qui les conduisent au fond
Toujours au même endroit
Où vit l’abnégation
Où les cafards sont rois

Asphalte et lignes blanches
Circuits embouteillés
Comme avant tout s’enclenche
Rien n’a vraiment changé

Ils y vont pour extraire

Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, résignés solidaires
Vers les mines du nouveau millénaire
Tous en ligne, désormais solitaires

Désormais solitaires.

Faillites

A force d'enfouir
L’odieux, l'inavouable
D'ensevelir
Nos peurs véritables

Croyant s'abriter
De trop de souffrances
On passe à côté
De notre existence

Des douleurs qu'on tait
Qu'on évite
Des accords qu'on sait
Trop tacites

Nos vies périclitent

Faillites

Volontaires victimes
De trop de pudeur
On s'arrange d'infime
De non-dits du cœur

Aucun face à face
Mais dans les regards
L'insondable trace
De ce qui sépare

Des rancœurs qu'on range
Un peu vite
Pour donner le change
On s’agite

Nos vies périclitent

Faillites

jeudi 7 janvier 2010

L'inféconde

Comme toutes ces poules
Qui pondent
Elle la voulait sa boule
Le gros ventre qui gronde
Les fringales qui défoulent
L'échographe qui sonde
Sentir les eaux qui coulent
Avant la mise au monde
Pousser pour qu'il déboule
Les forces moribondes
Quand il sort, qu'on l'enroule
A la première seconde
Dans un linge, qu'il roucoule
D'une première plainte profonde
Les craintes qui s'écroulent
Le bonheur qui l'inonde
L'amour qui la rend saoule
Les bravo qui abondent
Dans la chambre où la foule
Contemple la tête blonde
Elle voulait être ronde
L'inféconde.

mardi 5 janvier 2010

Soldes

Le ciel est encore pâle
Mais les rues noires de monde
Dehors des queues colossales
Grossies de gens qui grondent
En manque de sommeil
Avides ils s'agglutinent
Pareils à des abeilles
Devant des ruches en ruine
Ce matin dans la glace
Ils se sont vus malins
D’aller lester des liasses
Dans les grands magasins
Tout à l’heure il vont faire
Des affaires
L’inventaire
Des invendus
La belle affaire
Dans la cohue
Tout défaire
Ouverture des portes
Accourt la cohorte
Qui sans voir
S'empare
Sans vraiment y croire
Furieuse frénésie
D’achats sans envie
Désirs à bas prix
Boulimies bradées
Soldes commencées.

De plus belle

Elle a récidivé
Hier soir
Comme un vide à combler
Le besoin d'être aimée
Alors à défaut boire
Se remplir
Recevoir
Sans délai déglutir
Ce trop-plein de mal-être
Ces non-dits
Que celle qui l'a fait naître
A nourris
Tenter de faire passer
Les pilules
Tous les non-souvenirs
Le cumul
De culpabilité
D'être un jour arrivée
Sans même avoir été
Désirée
Ses démons juvéniles
Déchainés
Lui réclament une servile
Gorgée
Impuissant je m'énerve
Et l'observe
Puiser dans ses réserves
Abyssales
Combattre seule le mal
Par le malt
Elle n'a pas trouvé mieux
Pour dire halte
A ce goût de trop peu
D'amour conditionnel
Maternel
J'ai beau l'aimer pour deux
A ses yeux
L'existence est plus belle
Respirable
Quand elle est moins réelle
Imbuvable.

lundi 4 janvier 2010

Le film

L’air de rien
Devant le cinéma
Je t'attends
Je sais bien
Que tu ne viendras pas
Je me mens
Ainsi qu'à tous ces gens
Qui font la queue
Le plus souvent
Par deux
Je souris
Fais semblant
De t’avoir aperçue
Comédie
Faire comme si
Parmi tous ces passants
Tu m’avais reconnu
Un coup d’œil à ma montre
Je joue les agacés
Et pars à ta rencontre
Tant pis pour le ciné
Tous les gens sont rentrés
Dehors, il ne reste que moi
Le film a commencé
Depuis longtemps déjà
Il est même terminé.

Comportement à risque

A la station-service
Je fais le plein d'essence
D'un coupé Mercedes
Sort une suprême métisse
A l'allure de tigresse
Dans ses yeux des flammes dansent
Elle sort une cigarette
D'un étui rouge brasier
Ainsi qu'une allumette
Qu'elle renonce à craquer
De ses mains pleines de doigts
Elle prend le pistolet
Le déroule jusqu'à moi
Et l'air un peu narquois
Me réclame un briquet
J'évalue le danger
Il est là bien réel
Tout pourrait exploser
Mais sa beauté m'appelle
Alors l'air dégagé
J'interroge mon manteau
Et d'un geste emprunté
Je dégaine un Zippo
Brusquement elle recule
Moins craintive qu'agacée
Son regard qui me brûle
Ses prunelles embrasées
Elle remonte en voiture
Fait rugir le moteur
Roule jusqu'à ma hauteur
Me lance à la figure
" T'as sûrement le sida "
Et dans son SLK
Disparaît dans l'azur.

samedi 2 janvier 2010

L'ivresse des profondeurs

...Et plonger
Très profond
Loin des tout premiers bars
De pression
S'imbiber
Sans un son
S'abîmer
Pour de bon
Trouver
Dans les tréfonds
D'une soûlerie sans nom
Comme un bel abandon
Nager
Dans la noirceur
D'une transparente torpeur
Le sang contaminé
Par les divins degrés
D'une délicieuse liqueur
Descendre tout en bas
Avec deux bouteilles vides
Depuis longtemps déjà
Plus vraiment très lucide
Les neurones euphoriques
La matière grise grisée
Par cette ébriété
Au pouvoir narcotique.

Ce qui attire

Ce qui attire
Et qui retient
Qui vient à nous séduire
Rares sont ceux qui sauraient le dire
Un zeste
D'osé
Un geste
Anodin
Un air
A dessein
Des bribes
Sorties d'une bouche
Qui balbutie
Maladroitement
Des mots jolis
Une attitude
Qui d'habitude
Nous agacerait
Mais qui là non
Nous plaît
On aimerait
Se l'expliquer
L'analyser
Tout détailler
Comprendre
Comment fonctionne
Ce qui passionne
Résonne
En nous
Et surtout
A quoi ça tient
En fait à rien.