jeudi 31 décembre 2009

J’ai perdu ma confiance

Au détour d’un défi
Dans un coin de l’enfance
Aux confins du conflit
Qu’est notre adolescence
J’ai perdu ma confiance

Cet amour qui nourrit
Notre âme à la naissance
Cette immense énergie
Mâtinée d’innocence
J'ai perdu ma confiance

Sans doute est-elle partie
Lassée de mes silences
Ma peur de prendre appui
Sur l’envie, l’inconscience
J'ai perdu ma confiance

L'enthousiasme endormi
Amnésie d’assurance
L’aisance évanouie
Envahi d’arrogance
J'ai perdu ma confiance

J’ai beau fouiller ma vie
Retracer mes errances
Je me sais aujourd’hui
Orphelin d’insouciance
J'ai perdu ma confiance

Si jamais tu me lis
Entends mon exigence
La dernière qui me lie
Encore à l’existence
Et redonne-lui un sens.

Helle

Cette nuit j’ai fait les poubelles
J’ai fouiné d’ façon virtuelle
Suis tombé sur une agnelle
Maquillée à la truelle

Peut-être pas la plus belle
Mais avec de telles mamelles
J’ai décidé qu’ ce s’ rait elle
Que j’ emmèn’rais à l’hôtel

Rendez-vous dans une ruelle
J’entends le bruit d’ ses semelles
J’ la vois sortir du tunnel
Nan, j’en crois pas mes prunelles

Elle a l’ nez d’une hirondelle
La forme d’une mirabelle
Les yeux de feu Fernandel
S’exprime d’une voix de crécelle

J’prends la main d’ma jouvencelle
Ca colle comme du caramel
Là, signe providentiel
On passe devant une chapelle

Je jette un coup d’œil au ciel
Demande au père spirituel
Allez ce soir, c’est noël
Je l’emmène jusqu’à l’autel

J’allume une ou deux chandelles
Et sur un lit de missels
J’honore l’immonde demoiselle
Qui comme une jeune brebis, bêle

Soudain, elle se met en selle
S’empale sur mon vermicelle
Sous l’œil de l’ange Gabriel
Je sens mon corps qui craquelle

Je meurs prisonnier du miel
De la bruyante péronnelle
J’vois déjà d’ici ma stèle
Et l’épitaphe qu’elle recèle

Mort de l’amour d’une pucelle.

J'aime les mots qui font mal

J'aime pas les mots
Qui font les beaux
Les mots gendre idéal

J'aime pas les mots
Niveau zéro
Les mots bleu carte postale

Tous ces mots sans défauts
Qu'on oublie aussitôt

J'aime les mots qui font mal
Qui donnent des coups de chaud
Ceux du genre coïtal
Les mots grimpe-aux-rideaux

J'aime les mots qui font mal
Qui percent au chalumeau
Ceux du genre gros scandale
Les mots qui font leur show

J'aime les mots qui font mal
Qui font des quiproquo
Ceux du genre anormal
Les mots pas comme il faut

J'aime pas les mots
Tout ronds du dos
Les mots dans l'sens du poil

J'aime pas les mots
Papier-cadeau
Les mots j'enrobe-j'emballe

Tous ces mots sans grumeaux
Qu'on oublie aussitôt

J'aime les mots qui font mal
Qui font tomber de haut
Ceux du genre colossal
Les mots monumentaux

J'aime les mots qui font mal
Qui méritent l'échafaud
Ceux du genre bicéphale
Les mots recto-verso

J'aime les mots qui font mal
Qui d'un coup mettent K.O.
Ceux du genre un peu sale
Les mots pas très réglo.

mercredi 30 décembre 2009

Là, c’est nous

Là, c’est nous
Ta mère et moi
A notre premier rendez-vous

Là c’est nous
Et beau-papa
Qui félicite les jeunes époux

Elle et moi
Ces photos-là
C’est tout ce qu’il en restera

Là, c’est nous
On compte les mois
Avant l’arrivée du p’ tit bout

Là, c’est nous
Et te voilà
A cheval entre nos genoux

Elle et moi
Ces photos-là
C’est tout ce qu’il en restera

Là, c’est nous
Aux U.S.A.
En bas des Twins et tout à coup

Là, c’est nous
Dans les gravats
Et ta mère quelque part dessous

Elle et moi
Ces photos-là
C’est tout ce qu’il en restera

Et puis toi.

mardi 29 décembre 2009

La solitude à deux

État d’esprit plus que physique
D’apparence unis mais uniques
Etat d’ennui plus que critique
Rails de la vie, routines chroniques

L’impression d’avoir tout appris
Sur l’autre, tout savoir de lui
Sauf les choses dont il a envie,
Celles qui feront qu’ il est parti

Le fait d’une inquiétante quiétude
Et d’incertitudes qui persistent
Les ravages de trop d’habitudes
La solitude à deux existe

Les yeux-miroir des beaux amants
Sont du passé, plus que présent
Hier c’était du noir absorbant
Et là des blancs, réfléchissants

Le silence est d’ores et déjà
Le signal que plus rien n’ira
Au royaume des duos sans voix
On raconte que l’enfant est roi

Le fait d’une inquiétante quiétude
Et d'une lassitude qui persiste
Les ravages de trop d’habitudes
La solitude à deux existe

lundi 28 décembre 2009

La chambre noire

Au-delà des frontières
De mon amas de chair
Se trouve une chambre noire
Il y fait rouge enfer
Sur un fil de soie tendu
Entre mes hémisphères
Suspendus se côtoient
Visages graciles
Fourbes
Et paysages d'argile
Tourbe
Au dessus de chaque bac
Des silhouettes s'affairent
A révéler ma vie en vrac
Dans la sombre lumière
Apparaissent des peaux lisses
Étrangement familières
Des mots doubles surgissent
A la surface d'eaux troubles
Péniblement mes yeux
Vont d'image en image
Vitreux vidés surnagent
Se plissent peu à peu
Soudain s'ouvre la porte
De ce maudit labo
A la souvenance forte
Et dans le contre-jour
Une ombre en Stilettos
Vient chasser pour toujours
Les fantômes en photo.

mardi 22 décembre 2009

Les mots manouches

Ils courent et dérapent
Dans ma bouche
Essaim de mouches
Qui par grappes
S'échappent
Vers les touches
Du clavier de mon lap-
-top, sur qui je tape
Ils lorgnent, louchent
Sur quelques farouches
Saintes-nitouche
Qui quand elles les découvrent se drapent
Derrière une cape
De peur qu'ils les attrapent
Malins manouches
Ils les flattent, les rassurent, les touchent
Font en sorte qu'elles se désapent
D'elles-même et qu'enfin elles se couchent.

vendredi 4 décembre 2009

Vol de nuit

A quoi tu penses
Alors qu’on choisit
Nos prochaines vacances
Dubaï ou Fidji

Moi j’ai ma préférence
Toi t’es déjà partie
Quelque part en silence
En sursis

A quoi tu penses
J’imagine au prix
Pas de nos vacances
Mais de ton envie

Rester seule en France
Et flâner dans Paris
Je te propose Valence
Tu souris

A quoi tu penses
Sans doute à Roissy
Une autre partance
Vers un autre lit

Au fond quelle importance
T’es déjà loin d’ici
L'Arabie de Lawrence
On l'oublie.

On reproduit


Tous reproducteurs. De notre espèce mais pas seulement. Reproducteurs d’erreurs.
De douleurs. De peurs. De ces névroses, néanderthaliennes.
De ces schémas, qui nous collent à la chair façon chewing-gum, qui nous encerclent et qui nous tiennent.
On reproduit, à l’infini. A notre insu. Et même si on avait su, c’est peine perdue.
Perdue ? Pas vraiment. Transmise, de père/mère en fille/fils. Une tradition, tenace, perpétuée à perpet’, investie par le vice. Vice de fabrication. Et dire que c’est censé être au sommet de l’évolution.
Tu parles, Charles. Darwin, en théorie, dans la pratique : le mime Marceau. Ils ont bon dos, les pros de la procréation.
On fait comme on a dit de ne surtout pas faire. On excelle à prendre modèle. Mauvais ou bon ? C’est même pas la question. On fait comme nos parents, et comme les leurs avant.
On s’acharne à échouer, on s’affaire à frapper, on s’entête à tomber, on s’épuise à priver.
Pourtant, on voudrait tellement être heureux. On se l’était juré, de ne pas être eux, re-.
De trouver notre voie, de se laisser le choix, de pas crier comme ça. De stopper les dégâts.
Que notre enfer d’enfance serait sans conséquences. Et puis non finalement : on recommence.
On abandonne, on boit, on bastonne, on abat, on démissionne…On ploie.
On reproduit.