mardi 2 août 2016

Le grain de beauté

Elle avait cette jolie démence
Fêlure d’où fuitait sa folie
Ardeur mâtinée d’inconscience
Qu’on terre sitôt l’enfance enfouie
Elle irradiait d’inconséquence
Tous ceux dont elle croisait la vie
Dépendants à sa différence
Amoureux d’une anomalie.

Bâton rouge

Un dernier geste avant la nuit
Un peu de couleur sur ses lèvres
Avant d’aller rêver sa vie
Au fil de songes où monte la fièvre
Dans les corps d’hommes rougis
Par ses baisers d’orfèvre
Et sa mise en bouche cramoisie.

jeudi 28 juillet 2016

La fille de l'aurore

C’est avec les premiers rayons 
Que toujours elle ouvrait les yeux 
Drapée dans sa désolation 
De ne pas vivre d’aube à deux 
Le regard rivé au plafond 
Elle s’y rêvait au bout d’un nœud 
S’endormant étreinte pour de bon 
S’éveillant dans les bras de Dieu.

mardi 22 mars 2016

La crève-coeur

Marie vivait à la lueur
De petits boulots
Et des grandes faveurs
D’un banquier accro
À son minois dévastateur
Assidue à la vie solo
Elle aimait s’acheter des fleurs
S’offrir de bons restos
Ou les soins d’un masseur
Dans son petit studio
Niché rue Saint-Sauveur
C’est seule qu’elle prenait l’apéro
Avancé d’une bonne heure
Et clôturé d’un verre de trop
Aux premières noirceurs
Du là-haut
Marie filait dans la moiteur
D’un obscur bastringue latino
Saturé de sons et de sueur
Là elle faisait parler les peaux
Échauffait les ardeurs
Jusqu’au premier métro
Qu’elle filait prendre à la stupeur
Des Rambo
Made in Équateur
Plantés là avec pour seul lot
Consolateur
Le numéro
De celle qu’ils nommaient la crève-cœur.


dimanche 14 juin 2015

Le fléau chaines info

"Restez sur I-TÉLÉ", "BFM TV, priorité au direct", "L’info ne s’arrête jamais"….Oh les jolis slogans pompiers des chaînes d’info en continu qui vous somment de rester scotché devant votre télé HD sous peine de rater l’immanquable, qui vous assomment de news débitées jusqu’à la nausée par des sourires cravatés, des tailleurs eyelinés. 
Niveau moyens, ça lésine pas : générique aux allures de bande-son de fin du monde, déco dernier cri, plateau garni d’experts en lissage de poils de cul tandis qu’en arrière-plan des silhouettes s’affairent mollement face à un mur d’écrans floutés…Ici on racole sans complexe le téléspectateur lambda qui zappe à tour de doigt. Ça, c’est pour la forme. 
Le fond ? Mêmes ficelles. 
Dans le monde de l’info-spectacle, faut du suspens, du drame, du lacrymal. L’idée ? Vous faire froncer des sourcils, écarquiller les yeux, béer la bave aux lèvres. Et tant pis si les news balancées tiennent plus de la brève de rubrique des chiens écrasés que de l’exclu mondiale, on va scénariser tout ça. 
Et vas-y qu’j’te colle un bandeau «dernière minute» qui boucle non-stop pour révéler qu’à l’autre bout du globe Rihanna a lâché un énorme pet d’fouffe en plein défilé Dior, que y'a quelques minutes à peine le prince Harry s’est fait choper trempant sa nouille dans le petit bassin d’une nageuse sud-américaine. 
L’heure est grave ? Tant mieux. Nos journalistes sont sur place, nos présentateurs sont en place. Calez-vous confortablement dans votre sofa flambant neuf payable en 3 fois sans frais, on vous décortique tout, y'a plus qu’à gober tranquillement. 
Un crash d’avion de ligne ? Un attentat sanglant ? Une prise d’otage ? Les trois à la fois ? Surtout ne bougez pas, on gère : Déroulé, décryptage, analyse. Et si ce catastrophisme cathodique vous fait pâlir de trouille, vous file des suées d’angoisse, no stress ; en plateau, nos spécialistes brassent de l’air pour vous redonner des couleurs. 
Saoulé d’annonces hasardeuses, de théories fumeuses, de probabilités douteuses, vous sombrez dans une douce torpeur. Bercé par l’infini babille des prophètes de malheur brushés, les paupières luttent un temps, s’affalent. La conscience finit par s’éteindre. La télé, elle, reste allumée.

lundi 1 juin 2015

Black & white blues

Envie de poser noir sur blanc mon blues du noir & blanc, mon mal du pays des mille et une nuances de gris. 
Ils manquent, les sourires d’époque. Les portraits pâles d’avant tirés sur papier mat/brillant, les visages unis dans une ombrageuse harmonie, un spleen bichromatique. En deux gammes de tons, on figeait comme jamais l’antan. Comme sur les champs de bataille d’alors, y’avait deux camps, le bien, le mal, le noir, le blanc. 
Un passé simple. 
Dans les yeux sempiternellement sombres de ceux qui, un peu gauchement, prenaient la pose, transparaissait ce manichéisme naïf teinté de pudeur mise à mal, de timidité malmenée par l’objectif inquisiteur. 
Et pareillement sur grand écran. 
L’atmosphère ténébreuse, ouatée, des décors gris de jour, de nuit, les scènes de baiser–bout des lèvres à la faveur d’un clair-obscur, le charme désuet des films muets tournés dans un monde argenté. 
Car le noir & blanc, au fond c’était ça : un autre monde. Une alternative au réel, à sa crudité, sa rudesse. 
Le regard enfin détourné de nos quotidiens bariolés, de nos routines criardes, on pouvait, à travers le filtre noir & blanc, apercevoir la vie en rose.

dimanche 31 mai 2015

Postérité, je n'écris pas ton nom

Ah, les joies de la postérité ! Enfin plutôt les affres. 
Ça t’plairait, toi, d’être dérangé en plein sommeil, qu’on vienne te secouer les puces - enfin les vers, à tout bout d’inauguration, de commémoration ? Qu’un scribouillard présidentiel fraîchement diplômé s’applique à te cirer les pompes à l’encre noire tandis qu’tu pionces six pieds sous terre ? 
Et tous ces illustres intellos figés dans la pierre ou la fonte, recyclés en perchoirs à pigeons parisiens, visage et corps couverts de chiures pour les siècles des siècles. 
Les noms d’voies, on en parle ? L’invariable "avenue Charles-De-Gaulle", le général géant figé sur sa plaque bleue. Charlie ! Charlie tagué ! Charlie arraché ! Charlie vandalisé ! Charlie n’avait pourtant rien demandé. 
Mais si y’avait qu’les rues. Dernière trouvaille de nos amis les élus, Le "Jardin Serge-Gainsbourg". L’homme était du genre rat d’égout misanthrope, ermite germanopratin, esthète troglodyte : le voilà nominé spectre de square, gardien des enfers verts. Pour le coup, y’a vraiment de quoi être au fond du trou pour l’homme à tête de chou. 
Mais le plus triste dans tout ça, c’est d’faire passer tous ces grands gars de la plus belle unicité à l’insignifiance patentée. Et de les exhumer à volonté, au détour d’une phrase sans éclat, d’un échange plat : 
- Pff m’man, y’a plus d’steaks surgelés ! 
- Bah tu prends tes jambes et t’y vas. 
- Pff, où ça ? 
- Bah à la superette du coin. 
- Pff, laquelle, j’vois pas… 
- Bah celle de l’avenue Zola. 
- Pff, Ok. 
Émile était végétarien.